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Législatives en Algérie : quel parti pour convaincre les abstentionnistes à Tizi Ouzou ?

Des Algériens devant des affiches électorales le 9 avril 2017 à Alger. © Anis Belghoul/AP/SIPA

Dans la ville kabyle de Tizi Ouzou, alors que les législatives approchent, les revendications berbéristes trouvent un écho important. Mais les pro-boycott ne relâchent pas la pression.

Nous sommes en 2012. Les résultats des élections législatives tombent. Fin de journée électorale. À Tizi Ouzou, le décompte est on ne peut plus clair : le taux d’abstention s’élève à 80%. Les habitants de la capitale du Djurdjura se méfient de la classe politique, le fait est connu.

En visite dans la ville en février dernier, le ministre de l’Intérieur, Noureddine Bedoui, a exhorté les locaux à se rendre aux urnes le 4 mai afin d’élire la nouvelle Assemblée. Mais la dernière force politique à avoir montré les muscles à Tizi Ouzou, c’est le Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie (MAK) qui a réuni des milliers de sympathisants ce 20 avril. Et la consigne du MAK est bien simple : le boycott du scrutin. Deux jours plus tard, le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD), parti d’inspiration berbériste, a lui aussi appelé à une marche à Tizi Ouzou. Les rangs étaient nettement moins étoffés…

Récolter les fruits de la colère

Alors qui a une chance à Tizi Ouzou ? Le favori, c’est, a priori, le Front des forces socialistes (FFS) qui était arrivé en tête en 2012. Le parti, qui emprunte aux référentiels de gauche mais revendique la lutte pour la défense des droits des Kabyles, compte sur son candidat, Aziz Baloul, pour réitérer la réussite de 2012. Le juriste, un ancien du parti, membre de sa direction est la tête de liste « naturelle » d’une des rares formations à se sentir à l’aise dans la localité.

Tout en appelant à une participation accrue, qui à l’en croire, servirait avant tout l’opposition – donc son parti entre autres –, il mène donc une campagne rythmée, mais tranquille, de célébrations à la mémoire du fondateur du parti, Hocine Aït Ahmed, s’adressant aux femmes en meetings. Une campagne mezzo forte qui laisse un peu d’espace à Yassine Aissiouane, élu RCD et tête de liste pour 2017.

Aissiouane, tempérament de feu, ingénieur, la trentaine, ne ménage pas ses efforts. L’homme se présente comme un militant de la base, issu de la lutte locale, formé dans le bastion qu’est l’université de Tizi Ouzou. Un profil qui pourrait plaire aux abstentionnistes qui ne se reconnaissent pas dans des candidats jugés trop policés ou trop liés à un système politique centralisé.

Composer avec les revendications identitaires

Saïd Lakhdari, candidat du Front de libération nationale (FLN) est député et mouhafedh de la wilaya de Tizi Ouzou (responsable de la section politique). Au FLN, il fait partie de ceux qui sont ouverts aux revendications identitaires et culturelles kabyles. Parviendra-t-il à convaincre pour autant ? Sa nomination comme tête de liste a suscité une grogne au sein même de la section locale du FLN.

Le député Tayeb Mokadem, tête de liste du Rassemblement national démocratique (RND) et homme fort de la formation dans la ville kabyle, est le challenger de Lakhdari. Sa nomination n’a pas été sans remous internes au parti non plus. Mais l’homme jouit d’un fort réseau local et reste considéré comme celui qui a implanté son parti dans la région.

Les deux hommes en tout cas, adoptent un langage politique particulier, qui résonne avec les attentes des habitants de Tizi Ouzou. Tout comme la tête de liste de l’alliance islamiste entre les deux partis, le Mouvement de la société pour la paix (MSP) et le Front du changement (FC), le juriste Kamel Djaghlouli. Ce dernier, issu d’une formation qui s’est toujours montrée plus que méfiante envers les revendications culturelles kabyles − le MSP − est bien obligé, à Tizi Ouzou, d’adopter un langage différent.

Pour les candidats, il s’agit de répondre aux attentes des habitants de la région, sans pour autant devenir des relais des revendications berbéristes

À Tizi Ouzou, MSP et FC promettent à la population de soutenir l’apprentissage de la langue amazighe, et rappellent qu’ils sont depuis longtemps favorables à une décentralisation de l’État.

Pour eux comme pour les candidats FLN et RND, il s’agit de répondre aux attentes des habitants de la région, sans pour autant devenir des relais des revendications berbéristes.

Une situation au moins aussi compliquée que celle dans laquelle sont les candidats RCD et FFS, qui doivent se faire l’écho des doléances locales et y apporter des réponses tranchées, sans verser dans le discours du MAK.