Centrafrique : les forces spéciales américaines abandonnent la traque de Joseph Kony

Par Jeune Afrique avec AFP

Joseph Kony reste introuvable. © STR/AP/SIPA

Les États-unis débutent mercredi le retrait de leurs forces sécuritaires déployées depuis 2011 à l'est de la Centrafrique dans la lutte contre la rébellion de l'Armée de résistance du Seigneur (LRA) de Joseph Kony.

« Le temps est venu de passer à autre chose étant donné que l’organisation (la LRA, NDLR) est vraiment en train de se battre pour sa survie », avait expliqué, le 20 avril, lors d’une conférence de presse téléphonique, le général Thomas Waldhauser, à la tête du commandement américain pour l’Afrique (Africom). La LRA compte aujourd’hui 100 membres actifs contre plusieurs milliers il y a une dizaine d’années, selon Africacom,

Le leader de la rébellion ougandaise, Joseph Kony, recherché pour crimes contre l’humanité par la Cour pénale internationale, reste pourtant introuvable.

Selon Paul Ronan d’Invisible Children, une ONG impliquée dans sa traque et connue pour la campagne médiatique « Kony 2012 » qui a attiré l’attention du monde sur les exactions de la LRA, il se déplacerait entre la Centrafrique et le Soudan.

D’après Africacom, l’opération a coûté 780 millions de dollars depuis 2011. « La LRA n’a jamais attaqué les intérêts américains, pourquoi nous nous en préoccupons ? Est-ce que cela vaut toutes ces dépenses? », avait déclaré le président américain Donald Trump en janvier, exprimant sa volonté de se désengager du continent africain.

Crainte d’un vide sécuritaire

En parallèle du retrait des militaires américains, les troupes ougandaises, colonne vertébrale de la mission de l’Union africaine (UA) de lutte contre la LRA, commencent à se retirer de l’est de la Centrafrique, où elles étaient déployées depuis 2009.

« Partout, autour des cafés, les gens parlent du départ des troupes ougandaises et américaines », a indiqué un habitant d’Obo, ville du sud-ouest de la Centrafrique, joint au téléphone par l’AFP depuis Libreville.

Ce dernier a également indiqué qu’une marche avait même été organisée le 17 avril dans la localité, rassemblant environ 6 000 personnes pour demander aux Ougandais et aux Américains de rester jusqu’à ce que les forces centrafricaines prennent le relais.

La mission onusienne en Centrafrique (Minusca) compte seulement 12 500 hommes et n’est que très peu présente dans l’est du pays.

« Ce retrait (des troupes ougandaises et américaines, NDLR) conduira à une recrudescence des attaques de la LRA dans le sud-est centrafricain », estime Thierry Vircoulon, spécialiste de la région des Grands Lacs à l’Institut français des relations internationales (IFRI). « Personne n’imagine que les militaires centrafricains qui doivent être envoyés là-bas et éviter ainsi un vide sécuritaire vont pouvoir neutraliser la LRA. »

Bandes armées

En plus des hommes de Joseph Kony, l‘est de la Centrafrique est menacée par d’autres bandes armées, signale le préfet de la région Haut-Mbomou Ghislain Dieu-Bénit Kolengo, joint au téléphone par l’AFP. Il évoque des « bandits » mais aussi la faction de l’ex-Séléka de l’Unité pour la paix en Centrafrique (UPC), qui progresse en ce moment vers l’est du pays et a attaqué le 15 avril la localité de Zémio.

« Même si nous terminons officiellement la mission contre la LRA, nous savons que nous ne voulons pas laisser un vide », a voulu rassurer le général Waldhauser, précisant que les États-unis continueront d’apporter leur soutien aux troupes africaines au niveau de la « formation » ou encore du « renseignement ».

Selon l’ONU, la LRA a tué plus de 100 000 personnes et enlevé plus de 60 000 enfants dans le nord de l’Ouganda, avant de se propager dans les pays voisins : Soudan du Sud, nord-est de la RDC et enfin Centrafrique.

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