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Tanzanie : couvert de bouse de vache pour avoir insulté sa mère

par

Damien Glez est dessinateur-éditorialiste franco-burkinabè

L’œil de Glez. © Glez / J.A.

Pour ou contre les sévices corporels infligés à un jeune homme dans une localité tanzanienne ? Les débats sont ouverts…

Vendredi 22 avril, à Kisungamile, village du district de Kalambo, dans le sud-ouest de la Tanzanie, un jeune homme âgé de 26 ans est ligoté, plongé dans une fosse remplie de bouse de vache, forcé de déguster un peu de ces excréments animaliers, fouetté à 15 reprises et obligé à parader, une bonne partie de la matinée, les parties intimes à peine recouvertes, au rythme de chants moqueurs. Il se voit également imposé une sorte d’impôt improvisé constitué d’une chèvre, d’un sac de farine de maïs et d’un litre d’huile de cuisine. Comme une traînée de poudre, les médias tanzaniens relaient la séance de sévices et les réseaux sociaux commentent…

À ceux qui dénoncent une punition d’un autre âge, les garants de la tradition répondent qu’il s’agit effectivement de châtiments anciennement en vigueur au sein de l’ethnie fipa. D’ailleurs, le chef du village, Dida Musa, déclare, sur le site du quotidien Malunde : « Les sanctions infligées à ce jeune homme, moi je ne peux que les approuver »…

Pénitence féministe

Si les cris d’orfraie des pourfendeurs de la sanction n’obtiennent que peu de résonance, ce n’est pas seulement parce que la séance de réprimande scatologique n’a provoqué guère plus de séquelles qu’un bizutage estudiantin. C’est aussi parce que la pénitence est… féministe. Le jeune homme avait plusieurs fois insulté sa propre mère et c’est ce genre de peine qu’il encourait officiellement, dans la juridiction traditionnelle.

Le fait que ce soient les femmes qui aient châtié l’impudent apparaît, aux yeux de certains, comme une bonne nouvelle, sur un continent que l’on caricature souvent comme indéfectiblement machiste, rarement prompt à protéger l’honneur des femmes. Le malotru condamné ayant commis, par cet atteinte au respect maternel, un crime à doubles circonstances aggravantes – manque de respect à sa propre génitrice et ceci en public – il se trouve davantage d’internautes pour rire sous cape que pour prendre sa défense.

Le manque de respect à sa maman ? Qui s’y frotte s’y pique. Et la bouse de vache, c’est peut-être bon pour l’épiderme…