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RDC : pour Kyungu wa Kumwanza, privé de meeting, Kabila est « tout sauf un démocrate »

L'opposant Kyungu wa Kumwanza, cadre du Rassemblement, le 28 mars 2015 à Lubumbashi. © Trésor Kibangula/J.A.

Annoncé comme un rassemblement commémoratif de l'avènement du multipartisme en RDC, le meeting de l'opposition qui devait se tenir ce lundi à Lubumbashi a été interdit par les autorités locales. Une "dérive dictatoriale" du président Joseph Kabila, selon son organisateur, l'opposant Antoine Gabriel Kyungu wa Kumwanza.

« Dès 4 heures du matin, les éléments de la police et de l’armée ont encerclé ma résidence pour m’empêcher de rejoindre le lieu de la manifestation », raconte, ce lundi 24 avril, Antoine Gabriel Kyungu wa Kumwanza, joint au téléphone par Jeune Afrique. Le coordonnateur du Rassemblement de l’opposition congolaise dans le Grand Katanga, région du sud de la RDC, devait tenir un meeting au foyer social de Katuba, à Lubumbashi, pour « fêter le 27e anniversaire du multipartisme » en RDC.

Le 24 avril 1990 en effet, Mobutu Sese Seko, alors président du Zaïre (devenu la RDC en 1997), mettait fin au parti-État, en permettant à chaque citoyen « d’adhérer à la formation politique de son choix ». Cette ouverture de l’espace politique zaïrois était alors perçue comme un premier pas vers la démocratisation du pays.

27 ans plus tard, on assiste à une « dérive dictatoriale » en RDC, estime Kyungu wa Kumwanza. « En nous interdisant de célébrer ce jour historique qui marque la fin du monopartisme dans notre pays, Joseph Kabila est en train de démontrer à la face du monde qu’il est tout sauf un démocrate », poursuit l’homme qui, à 78 ans, est l’une des figures emblématiques de la scène politique katangaise.

Manifestation non autorisée, selon les autorités

Mais, pour le général Jean-Bosco Galenga, chef de la police dans le Haut-Katanga, ses éléments ne font qu’ « exécuter les lois et règlements de la République ». L’officier nie toutefois avoir déployé des forces de l’ordre pour « encercler spécifiquement la résidence de M. Kyungu ». Pour lui, la police locale recourt simplement aux « mêmes usages que partout dans le monde lorsqu’une manifestation n’est pas autorisée ».

Informé samedi 22 avril par les organisateurs du meeting, Jean Oscar Sanguza, maire de la ville de Lubumbashi, avait en effet soutenu que « les manifestations à caractère public » étaient « interdites jusqu’à nouvel ordre ». Objectif avancé : « Préserver la quiétude de la population », a-t-il justifié dans sa réponse au Rassemblement.

Une interdiction de manifester qui ne frapperait que les leaders du Rassemblement ? « Vital Kamerhe, redevenu proche de Joseph Kabila, vient de tenir des meetings dans l’est du pays sans être inquiété », rappelle un cadre du regroupement politique rangé derrière Félix Tshisekedi et Pierre Lumbi, président du G7 qui soutient la candidature de Moïse Katumbi à la présidentielle.

« M. Kabila nous enferme dans nos maisons »

Peu importe, Jean Oscar Sanguza campe sur sa ligne et évoque même une « instruction venue de Kinshasa ». « De toutes les façons, la population est focalisée sur le nouveau gouvernement attendu et sur les élections, pas sur des meetings qui n’aboutissent à rien », tranche le maire de Lubumbashi.

Comment peut-on aller aux élections lorsque M. Kabila nous enferme dans nos maisons ?

« Comment peut-on aller aux élections lorsque M. Kabila nous enferme dans nos maisons ? », rétorque Kyungu wa Kumwanza, déjà sous le coup des poursuites pour « outrage au chef de l’État ». Député provincial, son immunité parlementaire lui a été enlevée fin décembre. Mais, visiblement, celui qu’on appelle affectueusement « baba » (père, en swahili) dans l’ex-Katanga n’a pas l’intention d’abdiquer face au régime en place.

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