Centrafrique : la région de Mingala en proie aux exactions de la milice d’Ali Darass

Par - à Bangui

Une Centrafricaine derrière un camion de l'ONU, le 13 février 2016 au PK5, à Bangui. © Jerome Delay/AP/SIPA

Chassés de Bambari en février 2017, sous la pression de la Minusca, les éléments de l'Union pour la paix en Centrafrique (UPC) d'Ali Darass, se sont installés dans la préfecture de la Basse-Kotto, dans le sud de la Centrafrique.

Une région dans laquelle ils sont désormais accusés de commettre de multiples exactions, dans l’impunité totale. Contactés par Jeune Afrique, de nombreux habitants ont témoigné avoir été témoins ou victimes de ces méfaits d’une violence inouïe. « Ils sont arrivés, ils ont coupé l’oreille gauche de mon fils. Ils lui ont demandé de manger son oreille avant de lui tirer une balle dans la tête », témoigne ainsi la mère d’une victime, à Mingala.

« Ils ont attaché devant moi un jeune homme derrière un 4×4 et l’ont traîné dans toute la ville avant de rouler sur sa tête », relate en sanglot une jeune fille de 16 ans qui dit avoir passé une semaine sur la base des miliciens, « violée par plusieurs d’entre eux ». Par la suite, elle a fui, comme plusieurs centaines d’autres habitants, la région par le fleuve Oubangui pour se réfugier à Bangui depuis quelques jours.

Les témoignages surpassent les films d’horreur

« Les témoignages surpassent les films d’horreur », explique le député de Mingala, Gabriel Tchima, qui estime à 2000 le nombre de miliciens de l’UPC dans la région. « Plusieurs villages ont été incendiés, des gens massacrés. Les miliciens de l’UPC font régner la terreur afin de contrôler les mines de diamant et d’or de la région », explique-t-il.

Le député déclare avoir informé le porte-parole de la Minusca, Vladimir Monteiro, « il y a plusieurs mois » de ce qui se passait dans sa région. « J’avais reçu une promesse d’envoi de Casques bleus sur place mais jusque là rien n’a été fait et les choses empirent pour la population”, commente-t-il, catastrophé.

Silence du gouvernement

Sollicité par Jeune Afrique, le gouvernement n’a pas souhaité jusqu’à présent se prononcer sur la question, ce qui inquiète certains hommes politiques centrafricains. « Plus les autorités tardent à réagir, plus les miliciens se sentent libre de massacrer la population », assure Sylvain Patassé, ancien candidat à la présidentielle. Qui juge que « le problème n’est pas de chasser Ali Darass hors de Bambari mais de l’arrêter et de le juger pour ces nombreux crimes ».

De son côté, Pascal Bida Koyagbele, président de l’association des paysans centrafricains, prévient qu’un « risque de riposte paysanne est possible, comme cela a été le cas en 2013 avec la naissance du phénomène Anti-Balaka. »