Paroles de survivants d’Ebola : « J’ai vu la mort en face »

Par - à Conakry

Un contrôle de température en pleine épidémie d'Ebola, à Forécariah, en Guinée, le 7 septembre 2014. © Youssouf Bah/AP/SIPA

Jules Aly Koundouno est médecin à l’hôpital de Forécariah, dans le sud-ouest de la Guinée, région durement touchée par l’épidémie d’Ebola dont il a réchappé. Malgré une silhouette frêle (qu'il a toujours eue, assure-t-il), il paraît aujourd’hui en très bonne santé. Voici son témoignage.

Ce jour-là, en septembre 2014, j’étais de garde au service des maladies infectieuses du CHU de Donka, où étaient reçus 80% des cas suspects, quand j’ai été contaminé par un patient diarrhéique décédé peu après, comme beaucoup de membres de sa famille.

J’ai réussi à survivre en reconnaissant tout de suite que j’étais malade et en acceptant le traitement proposé. Outre la prise de médicaments chaque heure, prescrits en fonction des différents symptômes, le protocole comprenait aussi un soutien moral pour me redonner espoir et courage.

J’avais peur, vu que j’avais affaire à une maladie a priori sans remède.

Mon hospitalisation a duré huit jours : j’ai été admis le 31 septembre et je suis sorti de l’hôpital le 8 octobre. J’avais peur vu que j’avais affaire à une maladie a priori sans remède. J’ai vu la mort en face. J’étais désespéré… Je vomissais, j’avais des maux de tête, de la fièvre, des douleurs articulaires, des courbatures, des diarrhées, des douleurs abdominales. Puis, mon état s’est amélioré, l’espoir de m’en sortir est revenu au fur et à mesure. Je me suis mis à m’occuper d’autres malades, en donnant un coup de main aux soignants.

Trous de mémoire

Après ma guérison, je ressentais des séquelles : j’avais des maux de tête, de l’amnésie. J’oubliais beaucoup de choses. Je pouvais garer ma moto, ne plus m’en souvenir et repartir à pied. C’est surtout les maux de tête qui étaient accentués. J’étais aussi fatigué. J’avais dépéri : à ma sortie de l’hôpital, je pesais 58 kilos contre 62 kilos au départ.

Ces signes ont plus ou moins disparu, je n’ai plus de trous de mémoire plus comme avant. Même si quelquefois, je suis obligé de m’asseoir, de réfléchir pour bien me souvenir des détails du passé.

Je fais des tests chaque trois mois au centre PostEboGui [programme d’évaluation et d’accompagnement des guéris d’Ebola, basé à Conakry, NDLR]. On y prélève le sang, la salive, les urines pour des examens. Jusque-là, tous mes tests se sont révélés négatifs.

Jusque-là, tous mes tests se sont révélés négatifs.

Être malade m’a donné beaucoup d’expérience que je suis en train d’exploiter pour faire un livre. L’ouvrage retrace mon vécu : l’apparition de l’épidémie d’Ebola, ma contamination, mon hospitalisation avec le comportement du personnel médical vis-à-vis des malades, le traitement et ma vie après Ebola.

Sur le plan professionnel, après une petite période de repos à la maison au terme de ma guérison, j’ai participé comme formateur, en tant que médecin guéri d’Ebola, à plusieurs sessions de formations de soignants. C’est après cela que j’ai eu la chance d’être parmi les nouvelles recrues de la fonction publique pour le compte du ministère de la Santé.

Le président de la République a recommandé que les jeunes survivants d’Ebola soient prioritaires. J’ai été affecté à Forécariah, où je servais déjà bénévolement. Je suis actuellement le médecin-chef des urgences de l’hôpital préfectoral de Forécariah en attendant d’être affecté ailleurs.

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