Maroc : la vidéo d’un jeune et riche chauffard fait scandale

Par et Jeune Afrique avec AFP

Le jeune homme a provoqué un accident à Rabat, avec sa Ferrari. © أحدات المغرب TV/Youtube/Capture d'écran

La vidéo d'un jeune passablement ivre causant un accident à Rabat au volant d'une Ferrari a enflammé la toile marocaine. Si elle a provoqué le rire, elle a aussi suscité l'indignation et pointé le sentiment d'impunité éprouvé par le jeune homme, visiblement issu d'une famille aisée.

C’est un de ces scandales dont le Maroc a le secret. Un jeune homme d’une vingtaine d’années a lui-même posté en début de semaine une vidéo de lui en quatre séquences, retraçant une soirée arrosée et mouvementée, qui se déroule dans la nuit du 16 au 17 avril. On le voit d’abord en boîte de nuit, bouteille de champagne à la main, puis au volant d’une Ferrari, toujours avec sa bouteille et manifestement ivre. Il apparaît ensuite – on imagine que c’est au petit matin –, débraillé et lunettes noires sur le nez devant sa voiture accidentée, après une collision qu’il a sans doute provoqué, se moquant des policiers venus établir le constat. Et enfin, installé fièrement sur le siège passager d’une ambulance en train de fumer sa cigarette.

Depuis, la vidéo a été largement partagée, accompagnée de différents hashtag comme #constateur, ou #Monsieur_le_Constateur, référence faite à la manière dont le jeune homme appelle le policier présent sur les lieux de l’incident, quand il lance : « Qu’est-ce que tu constates monsieur le constateur ? »

 

 

Mais si la toile marocaine s’amuse en partie de l’air hébété du garçon et de son insolence, elle s’indigne aussi. Et les médias ne tardent pas à relayer le sentiment d’impunité visiblement éprouvé par le jeune homme. Le quotidien arabophone Al Massae pointait mercredi un « traitement de faveur » envers « un fils de notables impliqué dans un grave accident », tandis qu’Al Akhbar s’interrogeait sur « l’indulgence » des forces de l’ordre à son égard.

Surtout que, dans un premier temps, la Direction générale de la sûreté nationale (DGSN) avait annoncé la mise en garde à vue de deux policiers présents sur le site de l’accident. Selon la presse locale, le jeune homme est issu d’une famille influente et le neveu d’un richissime homme d’affaires de la ville de Laâyoune, au Sahara occidental. Il ferait également partie de la famille d’un ministre du gouvernement, toujours d’après la presse.

Un communiqué est, depuis, venu rétablir un semblant d’équité : « […] Il a été procédé mercredi soir à l’arrestation du chauffeur de cette voiture, qui se trouvait à Casablanca », a ainsi indiqué la DGSN le mercredi 19 avril au soir. Une enquête judiciaire a été ouverte « pour déterminer les tenants et aboutissants de cet accident », a ajouté la police, qui précise que la voiture a heurté trois véhicules arrêtés à un feu rouge sur une avenue de la ville, occasionnant des « blessures ».

Au Maroc, les « fils de » indignent

En 2012, la société civile s’était déjà indignée pour une affaire similaire. Un officier de police avait alors été agressé par deux jeunes hommes, présentés comme des « fils de » dans la presse locale en marge du festival Mawazine à Rabat. Leur impunité supposée avait été dénoncée par de nombreuses personnes – quelques jeunes se rassemblant même en solidarité avec l’officier de police –.

Quelques années plus tôt encore, un des journalistes les plus connus du pays, Rachid Niny avait déclenché la polémique en assurant qu’un ministre avait secouru son fils, coincé dans une sale affaire mêlant bagarre et d’accident de voiture.

Les frasques de la jeunesse dorée de Casablanca et Rabat suscitent facilement la colère de la population et le tissu associatif n’hésite pas à relayer des affaires relevant du fait-divers. Elles illustrent, pour beaucoup de Marocains, une situation d’impunité pour les plus fortunés.

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