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L’argent des Africains : Maître Samy, batteur de cuivre à Kinshasa – 841 euros par mois

Maître Samy, batteur de cuivre à Kinshasa, capitale de la RDC, le 22 décembre 2016. © Trésor Kibangula/J.A.

Cette semaine, notre série l'argent des Africains part à la rencontre de Maître Samy, un batteur de cuivre de Kinshasa, capitale de la RDC, qui a accepté de passer ses revenus sous notre rayon X.

Lorsque le soleil se couche à Kinshasa, les bars se remplissent. « C’est le créneau idéal pour sillonner la ville, à pieds, et essayer de vendre des tableaux », nous confie l’expérimenté Maître Samy, 59 ans. Cela fait en effet dix ans que ce batteur de cuivre parcoure presque tous les soirs les rues et ruelles de la capitale congolaise.

L’homme a la démarche calme et le visage éclairé par un sourire omniprésent. Est-ce le secret pour capter l’attention de ses potentiels clients, posément installés sur des chaises en plastique de terrasses kinoises, en train de savourer une bonne bière fraîche locale ? « Non, c’est simplement ma nature », esquive le quinquagénaire. « Dans la vie, il vaut mieux être sociable et souriant », ajoute celui qui a appris son métier sur le tas.

Avant d’être réputé et surnommé « Maître Samy », notre artisan a passé des semaines et des mois à regarder faire son grand-frère, diplômé de l’Académie des beaux arts de Kinshasa. C’est dans l’atelier de ce dernier qu’il a fait son apprentissage. Il a appris à battre d’abord le cuivre puis, « lorsque cette matière est devenue rare et chère, nous nous sommes tournés vers le zinc », explique ce père de trois enfants.

Aujourd’hui, Maître Samy a ouvert son propre atelier à N’Djili, dans l’ouest de Kinshasa, où il forme aussi de jeunes apprentis. « Pour moi, c’est vraiment essentiel de transmettre ce savoir-faire aux générations futures. Leur apprendre à dessiner sur une feuille de carbone, puis à tracer le dessin au ciselet sur du fer ou du cuivre », commente celui qui s’est spécialisé « dans la fabrication des tableaux destinés à la décoration murale d’intérieure ».

Et il en vend en moyenne deux pièces par jour à 15 dollars américains chacune, soit 13,9 euros. « C’est ainsi je parviens à rassembler chaque mois quelque 900 dollars [841 euros] », affirme Maître Samy.

Financer le commerce de son épouse : 47 euros par mois

Un revenu qui lui permet de « renforcer mensuellement les activités commerciales de madame » à  hauteur de près de 47 euros. Son épouse est vendeuse de produits alimentaires : fufu (farine de maïs), maïs, haricots…

« En finançant son commerce, je réduis en même temps nos dépenses quotidiennes. La famille n’a pas besoin de dépenser chaque jour beaucoup de sous pour manger, elle n’a qu’à puiser dans les marchandises destinées à la vente », poursuit Maître Samy.

Provisions alimentaires : 56 euros

« Nous nous contentons d’acheter des produits alimentaires que nous ne vendons pas : l’huile, la viande ou le poisson, la braise… Ce qui me coûte environ 60 dollars [56 euros] tous les mois « , poursuit l’artisan-vendeur ambulant.

Payer les frais de scolarité des enfants : 34 euros

Si le ménage s’en sort plutôt bien pour se nourrir, payer les frais scolaires des trois enfants, qui ont entre 14 et 20 ans, demeure un casse-tête.

« En RDC, les études coûtent très chères, lâche le paternel. Pour mes trois enfants qui n’ont pas encore accédé au niveau universitaire, je débourse environ 408 euros chaque année scolaire. Je dois donc mettre de côté chaque mois au moins 34 euros pour pouvoir payer leur frais et leur donner un peu d’argent de poche ».

Maître Samy sait que bientôt il devra économiser plus lorsque son fils aîné aura décroché son diplôme d’État, l’équivalent du baccalauréat français, les frais d’université pouvant parfois atteindre les 700 euros.

Épargner pour assurer l’avenir et faire face aux aléas : 704 euros

Ayant pu construire sa maison sur la « parcelle familiale », héritage de son père, Maître Samy ne verse aucun loyer locatif. Il en profite pour épargner tous les mois une somme équivalant, en moyenne, à 704 euros.

« En réalité, je ne garde pas cet argent mais je l’investis directement dans la construction d’un immeuble. Cela pourra assurer un avenir à ma progéniture », précise-t-il. « Et dans l’immédiat, cette épargne nous permet de nous protéger contre les aléas de la vie. Il peut s’agir d’une maladie brusque comme d’une nécessité de payer l’impôt. Mais aussi de l’achat du matériel du travail », conclut Maître Samy, prévoyant.

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Si vous souhaitez participer à notre série, écrivez nous à argentdesafricains@jeuneafrique.com