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L’argent des Africains : Birane, couturier au Sénégal – 340 euros par mois

Birane, jeune couturier sénégalais, aimerait un jour fonder sa propre entreprise. © DR

C’est dans le monde de la couture sénégalaise que la série l’argent des Africains vous plonge cette semaine. À 30 ans, Birane est couturier à Dakar. En cumulant tous ses revenus, il parvient à toucher chaque mois 340 euros (150 000 francs CFA).

Birane est un spécialiste du boubou, la tenue traditionnelle sénégalaise que les hommes arborent surtout le vendredi, jour de la prière. Comme 95% de ses compatriotes, il est musulman, alors lors de notre premier appel, il prévient : « Je dois aller prier à 14 heures ». Chaque matin, le réveil sonne à 5 heures 45, et ce n’est qu’une fois qu’il a fait sa prière qu’il prend le chemin du travail.

Transports : 27 euros

Religion mise à part, c’est derrière sa machine à coudre – écouteurs vissés dans les oreilles – qu’il passe ses journées, de huit heures le matin à 18 heures 30. L’atelier où il travaille depuis août 2014, Sam Couture, compte dix-sept employés. Chaque jour il doit compter une heure de transport pour se rendre au travail, à Dieupeul, dans le centre, depuis son domicile, qui lui se situe dans la banlieue dakaroise. « Parfois il faut une heure et demi le soir, à cause de la circulation », explique-t-il. Il habite à Keur Mbaye Fall, juste avant la ville de Rufisque, qui marque la fin de l’étendue urbaine de la capitale sénégalaise. Le bus lui coûte 700 F CFA chaque jour, soit l’équivalent d’un euro environ.

Soutien à la famille : 38 euros

Son foyer représente le plus gros de ses dépenses. Birane vit avec sa mère, son grand-frère, sa belle-sœur et son petit-frère. Le loyer s’élève à 122 euros, auxquels il faut ajouter l’eau et l’électricité (66 euros). Birane prend très à cœur d’aider sa famille à vivre : il verse à sa mère environ 38 euros par mois pour qu’elle s’occupe de faire les courses et qu’elle « achète des légumes, de l’huile et tout », détaille-t-il.

Si tu arrêtes les études, il faut directement faire quelque chose

C’est justement pour sa famille qu’il est revenu de Mbour. Bien qu’originaire de Dakar, il a été à l’école pendant trois ans dans cette localité de la Petite-Côte située à 70 kilomètres de la capitale. Après son retour au domicile familial, il finit ses études, mais à 18 ans pas question de se lancer dans le supérieur ! Il part travailler « pour faire vivre sa famille », explique-t-il.

Il ne se souvient pas avoir eu des ambitions particulières lorsqu’il a commencé la couture en 2004. Simplement, l’inactivité n’était pas une option. « Si tu arrêtes les études, il faut directement faire quelque chose », assure-t-il. Alors il marche dans les pas de son grand-frère, qui possède un atelier de couture, en se formant avec les apprentis. En 2012 il commence à travailler pour Sénégal Broderie avant de rejoindre Sam Couture en août 2014 après un différend avec son premier patron.

Épargne : 25 euros selon les mois

L’expression « tu te débrouilles » revient fréquemment dans la bouche de Birane quant-il parle de son quotidien. Un mantra incontournable pour beaucoup de Sénégalais, passés maîtres dans l’art de multiplier les revenus, entre emplois formels et informels. Ainsi, les soirs après le travail et le dimanche lorsqu’il n’est pas à l’atelier, il continue de confectionner des vêtements. Ce revenu complémentaire, très fluctuant, peut varier de 76 à 114 euros chaque mois.

Ce petit apport permet à Birane de mettre de l’argent de côté certains mois, lorsqu’il n’y a pas d’imprévu. Il aime son travail et envisage de rester dans le secteur mais il souhaiterait fonder sa propre maison de couture et embaucher des gens. Il a acquis le savoir-faire, maintenant « il faut juste de l’argent », détaille-t-il. Il veut monter une affaire au Sénégal et déjà il prévient, non sans humour : « Si je deviens chef d’entreprise, cette interview vaudra beaucoup ! »

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Si vous souhaitez participer à notre série, écrivez nous à argentdesafricains@jeuneafrique.com