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Cameroun : la crise anglophone ne faiblit pas

Le président camerounais Paul Biya et le président Yayi Boni du Bénin. © Baudouin Mouanda pour JA

Lundi 10 avril, le bâtonnier de l'Ordre des avocats au barreau du Cameroun a appelé à une levée de la grève des avocats anglophones. Une invitation qui n'a pas fait l'unanimité. Ce mouvement de protestation, lancé en octobre, est à l'origine de la crise que traversent actuellement les régions anglophones du pays.

Le 10 avril, Maître Jackson Ngnie Kamga, bâtonnier de l’Ordre des avocats au barreau du Cameroun, a annoncé l’arrêt de la grève des avocats anglophones et la reprise des activités pour le 2 mai. Cette déclaration survient quelques semaines après l’annonce de mesures prises par le gouvernement, fin mars, en vue de satisfaire les grévistes. Une partie d’entre eux a salué les avancées réalisées par le pouvoir central, mais le communiqué du bâtonnier ne satisfait pas tous les protagonistes.

D’après le site d’informations en ligne Koaci, Eyambe Elias Ebai, président de l’association des avocats de la Meme (Sud-Ouest) et Harmony Bobga, chef de file des avocats du Nord-Ouest, ont signé un communiqué dans lequel ils rejettent l’appel du bâtonnier à stopper le mouvement.

Nous sommes prêts à travailler, mais il faut que nos collègues soient libérés

Selon eux, ce dernier n’a pas « compétence pour appeler à la fin d’une grève dont il n’est pas l’initiateur ». Pour Ruth Leyuga, avocate du Sud-Ouest, les conditions pour un retour à la normale ne sont pas réunies à l’heure actuelle. « Nous sommes prêts à travailler, mais il faut que nos collègues soient libérés, explique-t-elle à Jeune Afrique. Nous n’avons pas Internet, nous sommes coupés du monde, beaucoup de choses ne vont pas. » Ruth Leyuga est membre de la  Fako Lawyers Association (Fakla) dont le président, Felix Nkongho Agbor Balla, a été arrêté le 17 janvier.

La longueur de la grève et la réticence de certains acteurs à reprendre le travail mettent en exergue les tensions qui subsistent entre les anglophones et Yaoundé. Retour en trois dates-clés sur un conflit qui dure depuis six mois :

  • 11 octobre 2016 : les avocats, fer de lance de la contestation   

Le 11 octobre 2016, les avocats anglophones, présents dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest du Cameroun, lancent le mouvement de contestation en entamant une grève.

Les hommes en robe des deux régions regrettent l’absence du droit anglais dans le système judiciaire camerounais. Ils rejettent le code civil francophone et militent pour une reconnaissance de la Common Law dans les juridictions de leurs régions.

  • 21 novembre 2016 : le conflit se généralise

Le 21 novembre, les enseignants, qui dénoncent notamment la « francophonisation du système anglo-saxon d’éducation au Cameroun », se mettent à leur tour en grève. Bamenda, capitale de la région du Nord-Ouest, devient le foyer de la contestation. Le conflit prend de l’ampleur. Miné par le chômage, le Cameroun anglophone se sent abandonné par le pouvoir central et exige du gouvernement davantage d’implication.

Progressivement, des velléités fédéralistes se greffent aux revendications sociales ; des voix s’élèvent en faveur d’une partition du Cameroun. Dans la rue, les affrontements entre manifestants et forces de l’ordre se multiplient.  Des négociations sont entamées par le pouvoir mais Yaoundé procède également à de nombreuses arrestations. Parmi les interpellés, on trouve notamment des avocats, comme Maître Felix Nkongho Agbor Balla.

  • 17 janvier 2017 : #Bringbackourinternet

Le Cameroun s’enfonce un peu plus dans la crise le 17 janvier, lorsque le gouvernement décide de priver le Nord-Ouest et le Sud-Ouest d’internet. Sur place, les conséquences se font très vite sentir. Sans internet, Buéa, baptisée la « Silicon Mountain » en raison du nombre importants de start-up qu’elle accueille, est fortement pénalisée. Plus globalement, l’ONG Internet sans frontières estime qu’en 60 jours, la coupure a fait perdre 2,69 millions d’euros à l’économie camerounaise.

Sur Twitter, le hashtag #Bringbackourinternet est utilisé par les internautes en réaction à la coupure opérée par le pouvoir central. Deux mois après, la campagne se poursuit sur les réseaux sociaux, le Cameroun anglophone étant toujours en pénurie de réseau. Une situation qui préoccupe à l’international. Le 13 avril, François Louncény Fall, représentant spécial du Secrétaire général pour l’Afrique centrale, a appelé les autorités camerounaises à résoudre cette crise au plus vite.

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