Coopération militaire RDC – Belgique : les raisons de la rupture

Parade des Forces armées de RDC à Kinshasa, lors du 54e anniversaire de l'indépendance de la Belgique, le 30 juin 2014. © John Bompengo/AP/SIPA

Kinshasa a été « amené à suspendre sa coopération militaire avec la Belgique » suite « aux déclarations du ministre belge des Affaires étrangères [Didier] Reynders », a confirmé le ministre congolais de la Défense Crispin Atama Tabe à Jeune Afrique.

« Il a fait des critiques comme si nous étions une province de la Belgique, a pointé le ministre congolais. La RDC doit être reconnue comme un état souverain. Nous avions prévenu que nous ne pouvions pas travailler dans ce climat de méfiance. Nous sommes patients, mais on en arrive à prendre des mesures. »

Le samedi 8 avril, dans un communiqué, le vice-Premier ministre belge et ministre des Affaires étrangères, Didier Reynders, avait notamment critiqué la nomination au poste de Premier ministre de Bruno Tshibala, un transfuge de l’opposition. Cette nomination « s’écarte de la lettre et de l’esprit de l’Accord de la Saint-Sylvestre » avait-il notamment estimé. « La Belgique est préoccupée par le fait que les autorités de transition ne disposent pas du large soutien nécessaire », avait-il ajouté.

Première suspension en 13 ans

La suspension de la coopération militaire a été notifiée par Kinshasa dans un courrier remis à l’attaché de Défense de l’ambassade de Belgique à Kinshasa, le mercredi 12 avril.

Des accords de coopérations entre la Belgique et la RDC avaient été signés en 2004 − lorsque l’actuel président congolais, Joseph Kabila, était encore un jeune chef d’État de transition − et n’avaient jamais été suspendus depuis. Ils concernaient principalement la formation de militaires congolais, et notamment de deux bataillons de réaction rapides. De nombreux officiers congolais sont par ailleurs formés à l’École royale militaire de Bruxelles.

« Nous sommes en train de faire un inventaire de ce que ce cette coopération recouvrait » a expliqué à Jeune Afrique Laurence Mortier, porte-parole du ministère belge de la Défense.

Selon une source diplomatique à Kinshasa, les officiers belges encore sur le terrain pourraient commencer à quitter la RDC d’ici la fin du mois d’avril.

Coopération « très étroite » avec la France

« Nous avons suffisamment de militaires formés, et allons poursuivre nous-mêmes la formation », a affirmé Crispin Atama Tabe.

La Belgique s’interrogeait aussi, de son côté, sur l’opportunité de maintenir ces accords. Le collectif d’ONG flamandes 11.11.11 avait réclamé la suspension de la coopération militaire avec la RDC le mois dernier. À l’époque, le ministère belge de la Défense avait estimé que « la situation au Congo ne changera[it] pas ou ne s’améliorera[it] pas si [les militaires belges] sont absents ».

La RDC maintient en revanche sa coopération militaire avec la France, qualifiée de « très étroite » par le ministre congolais de la Défense. Elle porte notamment sur l’équipement d’instituts de formation et de forces navales.

La RDC dispose aussi d’accords de coopération, plus modeste, avec les États-Unis, qui portent principalement sur la traque l’Armée de résistance du seigneur (LRA), rébellion ougandaise qui se joue des frontières. La nouvelle administration du président américain Donald Trump s’est toutefois interrogée à plusieurs reprises sur l’opportunité de poursuivre cette traque.

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