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Afrique du Sud : Jacob Zuma et les racistes

Par - à Johannesburg

Rassemblement de partis de l'opposition demandant la démission du président sud-africain Jacob Zuma, à Pretoria le 12 avril 2017. © Denis Farrell/AP/SIPA

Les protestations anti-Zuma se poursuivent à travers tout le pays, comme hier à Pretoria la capitale. Attaqué de toutes parts, le président a brandi l’étendard du racisme. Drôle d’argument pour le chef de l’État qui avait déclaré en janvier 2016 : “Nous avons vaincu le racisme, notre société est une nation arc-en-ciel et non raciale.”

« Les marches de la semaine dernière ont démontré que le racisme est bien réel et qu’il existe dans notre pays. » Cette déclaration de Jacob Zuma qui datent du 10 avril dernier, a été prononcée pendant la célébration des vingt-quatre ans de la mort de Chris Hani, militant communiste et anti-apartheid. C’est la première fois dans l’histoire politique récente du pays qu’un leader brandit les sirènes de la haine raciale pour expliquer la colère d’une population à son égard, même si les tensions ont toujours existé.

Face à un parterre de sympathisants vêtus aux couleurs de l’ANC, le président sud-africain a choisi le bon endroit pour enfin s’exprimer sur les manifestations de masse qui secouent le pays depuis plus d’une semaine. Sous les applaudissements, ce dernier n’a pas manqué de fustiger des « Blancs qui brandissent des pancartes comme par le passé et qui représentaient les Noirs comme des babouins ou des sous-hommes ».

Si des affiches de Zuma campé en Lucifer ou Adolf Hitler ont bien été aperçues le 7 avril dernier à Pretoria, les représentations simiesques ou dégradantes dont parle Zuma ne figuraient pas dans les récentes manifestations.

Une instrumentalisation des vieux démons de l’Afrique du Sud

Dans un entretien accordé à une chaîne de télévision locale, Gwen Ngwenya, de l’Institut des relations entre les races, a exprimé ses inquiétudes quant à « l’instrumentalisation raciale de ces manifestations qui ne concernent pas que les Blancs et la classe moyenne », rappelant que les Sud-Africains pauvres et habitants des townships prennent également part à la vague de mobilisation anti-Zuma. Elle ajoute que cet argument est « une porte de sortie pour le président », sachant que la question du racisme est extrêmement sensible dans une Afrique du Sud toujours en proie à ses démons.

Pour Thulasizwe Simelane , journaliste politique à la chaine eNCA, les arguments du chef de l’État sont contradictoires et expriment « un changement radical dans sa vision du racisme en Afrique du Sud ». En effet, dans un tweet posté il y a deux jours, Simelane évoque son entretien télévisé avec Zuma en janvier 2016, où le leader désormais controversé se réjouissait d’une Afrique du Sud débarrassée de ce fléau.

Hier, Jacob Zuma a fêté ses 75 ans et des dizaines de milliers de personnes ont à nouveau défilé dans les rues de la capitale pour demander sa démission. Parmi les organisateurs de ce « jour national d’action » se trouvait bien sûr Julius Malema, le leader du parti EFF (les combattants pour la liberté économique), qui a déclaré devant la foule : « Si refuser Zuma est raciste, et bien nous sommes racistes ».

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