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Présidentielle en France : pour qui votent les Français d’Algérie ?

Emmanuel Macron en compagnie du ministre des Affaires étrangères algérien Ramtane Lamamra, à Alger, le 13 février 2017. © Anis Belghoul/AP/SIPA

Près de 17 000 électeurs français, expatriés ou binationaux, installés en Algérie, sont appelés aux urnes le 23 avril prochain. Pour l’heure, aucun candidat ne semble faire l'unanimité au sein de la communauté française d’Alger, mais des tendances fortes émergent.

Les affiches des candidats aux élections législatives algériennes tapissent les murs de la capitale depuis dimanche 9 avril, mais c’est une autre élection qui monopolise l’attention des expatriés français et des binationaux installés en Algérie. Malgré la distance, la majorité d’entre eux suit de près la campagne présidentielle qui se joue dans leur pays d’origine.

« On la suit différemment, on s’y intéresse à travers le prisme des enjeux algériens », confie Antoine*, cadre dans une entreprise française du secteur énergétique. Le jeune homme de 28 ans, qui vit à Alger depuis deux ans, regrette que la politique étrangère reste un sujet relégué au second plan dans cette campagne. « J’apprécierais que les candidats à l’élection présidentielle prennent plus en compte le voisinage proche de la France et pas seulement l’Union européenne (UE). La France ne peut pas laisser son Sud ainsi », estime Antoine, qui votera pour François Asselineau, dont le programme prévoit une sortie de l’UE et de l’OTAN.

France/Algérie : dépassionner le passé

Pour beaucoup d’électeurs français, qui résident de l’autre côté de la rive méditerranéenne, la relation franco-algérienne est devenue un « critère important » dans le choix d’un futur Président. C’est le cas notamment de Mohamed, un entrepreneur franco-algérien qui s’est installé à Alger il y a presque cinq ans. « En vivant ici, on se rend compte à quel point c’est dommage qu’il n’y ait pas plus de liens entre la France et l’Algérie alors que le partenariat franco-algérien devrait être l’épine dorsale des relations méditerranéennes », regrette le consultant de 36 ans qui souhaite voir Emmanuel Macron accéder au palais de l’Elysée.

En qualifiant la colonisation française de crime contre l’humanité, le fondateur du mouvement En Marche ! s’est attiré la sympathie de milliers d’électeurs français et binationaux, qui vivent sur le sol algérien. L’ex-ministre de l’Économie est d’ailleurs le seul candidat en lice à avoir fait le déplacement jusqu’à Alger, pour ce qui reste sa seule visite en Afrique du Nord. « C’est une marque de respect envers notre pays », estime l’un des membres de son comité de soutien à Alger. Reçu comme un chef d’État, il avait animé mi-février un meeting devant une assemblée d’environ 300 personnes. Dans l’assistance, quelques sympathisants convaincus et beaucoup de curieux.

Macron a la cote

Mohamed, lui, en est convaincu, Emmanuel Macron peut « totalement aider à construire la relation franco-algérienne par son âge, il n’a pas baigné dans les années difficiles de la guerre d’Algérie, et par son approche active, il sait qu’il faut ménager les mémoires mais il sait aussi qu’il faut reconnaître les crimes pour avancer. S’il devient Président, ce sera une opportunité historique pour le partenariat franco-algérien« .

À Alger, l’ex-banquier, qui dit vouloir s’affranchir du clivage politique entre la droite et la gauche, est surtout plébiscité par les entrepreneurs et les hommes d’affaires. « Les schémas économiques sont en train d’évoluer, de nouvelles économies − numérique ou collaborative − émergent et on a l’impression que la France risque de rater le coche. Emmanuel Macron est l’un des rares à prendre conscience de ces enjeux », pense Mohamed, qui avait l’habitude de voter à gauche.

Mais le favori des sondages, qui le placent au second tour de l’élection présidentielle, ne fait pas l’unanimité en Algérie, une circonscription ancrée à gauche. Ségolène Royal en 2007 puis François Hollande en 2012 avaient su capitaliser sur le rejet de Nicolas Sarkozy pour s’imposer facilement dans les urnes, raflant respectivement plus de 80% et 65% des suffrages.

Mélenchon monte aussi

Beaucoup d’électeurs français, notamment ceux qui ont tendance à voter à gauche, reprochent à Emmanuel Macron sa proximité avec le milieu de la finance, des médias et de s’inscrire dans la continuité du quinquennat de François Hollande. « Il veut dérégulariser le système bancaire et imposer aux chômeurs d’accepter un emploi au bout de la seconde proposition sous peine de perdre le bénéfice de ses allocations », lance l’air inquiet Inès*, une pharmacienne franco-algérienne fraîchement arrivée à Alger.

 Pour la première fois, je vais voter par conviction.

C’est sur l’ex-socialiste Jean-Luc Mélenchon que les sympathisants de gauche pourraient reporter leur voix. « Pour la première fois, je vais voter par conviction », affirme ainsi Inès, séduite par la proposition du fondateur du mouvement La France Insoumise de n’autoriser qu’un seul mandat présidentiel. « Cela mettra fin à la recherche du pouvoir absolu », espère-t-elle.

Si le scrutin présidentiel semble plus ouvert cette année, il y a de fortes chances que les abstentionnistes constituent une nouvelle fois la première force politique au sein de la communauté française d’Algérie. En moyenne, seuls 20% des électeurs inscrits au consulat général français d’Alger se sont rendus dans les isoloirs, depuis 2002.

Les abstentionnistes, premier parti

Cette année l’abstention pourrait être encore plus importante étant donné le sentiment de déception qui gagne une large partie des Français d’Algérie. « On assiste à une campagne triste et peu intéressante, à l’image de la crise qui secoue la classe politique française. On entend très peu d’idées novatrices et les seules propositions choc ne sont pas réalistes », déplore Antoine.

« Je suis sidérée de voir que des Français comptent encore aller voter sachant que des personnes mises en examen [François Fillon et Marine Le Pen, ndlr ] maintiennent leur candidature. Ces affaires de corruption révèlent la mascarade politique dans laquelle la France se trouve », s’indigne quant à elle Nadia, une étudiante franco-algérienne en doctorat de sociologie.

 

*Les prénoms ont été changés

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