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Les législatives en Algérie, c’est un peu « Carnaval fi dachra », mais en vrai

par

Journaliste à Jeune Afrique depuis de nombreuses années, Farid Alilat est spécialiste de l'Algérie.

Boudjema Talai, vice-président de l’Assemblée nationale et Baha Tliba, candidats aux législatives de 2017 en Algérie. © facebook

Les affiches de campagne des élections législatives nous plongent dans le burlesque. C'est un joyeux carnaval, une sorte de téléfilm ancré dans la réalité...

Au milieu des années 1990, les Algériens ont adoré le téléfilm « Carnaval Fi Dachra (Le carnaval au village) ». Ils l’ont tant aimé que les scènes de cette comédie désopilante sont devenues culte et font l’objet de multiples parodies ou détournements. Certaines répliques sont désormais admises dans le langage populaire. Tournée en 1994, cette fiction qui a été rediffusée à plusieurs reprises sur la chaîne publique met en scène un certain Makhlouf El Bombardier, qui brigue la mairie de son village reculé.

Pendant toute sa campagne électorale, ce grand baratineur, hâbleur et charmeur, promet monts et merveilles à ses concitoyens. Finalement élu, El Bombardier ne trouve pas mieux que d’organiser un festival international du cinéma pour concurrencer celui de Carthage. Épinglé par la Cour des comptes, il sera poursuivi pour détournements de biens publics.

Des affiches de campagne à voir !

Vingt-quatre ans après sa sortie, les Algériens ne pouvaient se douter que cette fiction allait un jour se télescoper avec la réalité. C’est que cette campagne électorale pour les élections législatives qui auront lieu le 4 mai prochain tourne au folklore. Au guignol. Un peu, beaucoup même, comme ce « Carnaval Fi Dachra »…

Certaines affiches électorales en sont la parfaite illustration. Bancales, mal conçues, mensongères parfois, délirantes pour certaines, loufoques pour d’autres, elles donnent à voir un spectacle où l’amateurisme le dispute au cynisme ou à la bêtise.

Florilège.

Un candidat de Taj, parti islamiste fondé par l’ancien ministre Amar Ghoul, déroule son CV en 14points. Outre qu’il a formé 59 entraîneurs dans la discipline sportive du Vo Vietnam, il se présente comme  double « champion du monde » et « champion d’Afrique » de cet art martial… alors qu’il n’a récolté que des médailles de bronze ou d’argent.

Un autre prétendant à la députation, le docteur Mourad Aroudj, assure sur son affiche électorale que « 90 % » de ses colistiers sont « universitaires ». Leurs diplômes semblent sérieusement dater si l’on se fie à l’orthographe plus qu’hésitante du candidat sur son profil Facebook…

Le docteur Mourad Aroudj, candidat aux législatives algériennes de 2017 et ami des universitaires. © facebook

Deux poids lourds du FLN, le ministre Boudjema Talai et le vice-président de l’Assemblée nationale, Baha Tliba – cet imposant milliardaire dont la fortune suscite controverse et suspicion – s’affichent eux avec des lunettes noires. Comme dans un film pour mafiosos.

Boudjema Talai, vice-président de l’Assemblée nationale et Baha Tliba, candidats aux législatives de 2017 en Algérie. © facebook

Le candidat d’un parti fantomatique se présente avec un slogan désopilant : « L’homme qui n’éteint pas son portable ».

 

Naima Salhi, députée sortante forte en gueule, fait figurer sur son affiche huit autres candidats dont une femme. Voilée, cette dernière n’a carrément pas de visage. Il a été grossièrement effacé à l’aide de Photoshop.

Les électeurs sont donc priés de voter pour un fantôme. Un carnaval, on vous dit…

Présente sur cette liste des élections législatives algériennes de 2017, Naima Salhi arbore fièrement un vide à la place de son visage. © facebook