Cinéma : Ger Duany dans « The Good Lie », le film de sa vie

Ger Duany est acteur mais aussi mannequin. © Jason Merritt / AFP

C'est l'histoire d'un enfant-soldat sud-soudanais qui s'est reconstruit aux États-Unis. Devenu acteur, il rejoue son incroyable destin dans "The Good Lie".

Il dit souvent de sa terre d’origine qu’elle a la même couleur que lui. D’un noir d’ébène, lumineux, sublime. Aujourd’hui, Ger Duany, acteur et mannequin sud-soudanais de 35 ans, partage l’affiche du film hollywoodien The Good Lie avec la star américaine Reese Witherspoon.

Cette terre, il l’a quittée il y a bien longtemps, en 1986. À l’époque, Ger – son prénom signifie "tout s’écroule" – a 8 ans à peine. Le Soudan est en pleine guerre civile et, comme beaucoup, il décide de fuir, à pied. Il trouve refuge dans un camp en Éthiopie et y reste quatre ans, avant que la situation ne se dégrade là aussi. Obligé de partir une nouvelle fois, il retourne dans un Soudan loin d’être apaisé. 

"Je n’avais pas le choix si je voulais survivre"

"En 1991, tous les garçons ont été embrigadés dans des groupes armés, a-t-il expliqué au magazine Vice. Les gens pensent que j’avais le choix, mais je ne l’avais pas si je voulais survivre." Ger devient un de ces enfants-­soldats qui, à défaut d’aller à l’école, apprendront très vite à manier l’AK-47. À 14 ans, il acquiert sa propre arme à feu. C’est désormais un "adulte". Dès lors, sa "vie n’a plus du tout été la même".

Ce passé-là, Ger Duany préfère ne pas en parler. Le "garder à l’intérieur". Et ne le faire sortir que pour s’en inspirer au cinéma. Dans The Good Lie, il joue Jeremiah, un jeune réfugié soudanais qui débarque aux États-Unis pour y prendre un nouveau départ.

Un exil que l’acteur a lui-même connu en 1994, tout comme plusieurs milliers d’autres lost boys. Sa seconde vie a d’abord rimé avec basket-ball avant qu’une blessure au genou n’enterre ses rêves de NBA. Mais très vite, le cinéma (dans J’adore Huckabees, en 2004) et surtout la mode lui ont ouvert leur porte, à son grand étonnement…

"Quand je vivais au Soudan, je ne me regardais jamais dans un miroir. Je n’en avais pas. On ne me faisait jamais de compliments sur mon apparence – ce genre de choses ne faisait pas partie de la culture. Alors qu’aux États-Unis, les gens me disaient "Tu es un bel homme !", et j’étais très surpris."

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