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RDC : ville morte ou mobilisation fantôme ?

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Damien Glez est dessinateur-éditorialiste franco-burkinabè

Lundi 10 avril à Kinshasa, les rues sont restées vides. © Glez

En république démocratique du Congo, les jours de protestation se suivent et les modes de mobilisation se ressemblent. Mais leurs succès sont variables…

Le fonctionnement de l’être humain est alambiqué. On sait déjà que pour obtenir la main, il vaut mieux demander le bras et que pour savoir le vrai, il faut prêcher le faux. En République démocratique du Congo, il semble que pour obtenir une ville morte, il vaut mieux appeler la population à sortir massivement.

C’est que l’invitation à la « cité fantôme » a été tant de fois utilisée que le public se blase. Il finit toujours par sortir dans les rues, à la recherche de sa pitance quotidienne. Quand on exhorte à former des cortèges vindicatifs à travers les artères, par contre, on fait craindre des débordements et une répression aux dangers collatéraux. Les gens se calfeutrent alors, transformant la ville en « no Congolese’s land ».

Ce lundi, alors que l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) avait appelé à manifester massivement contre le président Joseph Kabila, et que la police avait annoncé l’interdiction des rassemblements sur l’ensemble du territoire, les rues de Kinshasa sont restées vides. Les allures d’échec politique peuvent alors être présentées comme un succès en creux, surtout dans les éléments de langage d’opposants rappelant l’article 26 de la Constitution congolaise qui garantit la liberté de manifestation.

Une tradition africaine ?

Ce procédé de la « ville morte », sorte de blocus général, est réputé africain, popularisé pendant les grèves générales du printemps de la démocratisation, au début des années 1990. Cette extrapolation collective de la méthode politicienne de la chaise vide s’apparente à un boycott diffus. Largement expérimentée au Cameroun, en 1996, elle reste prisée en Afrique centrale : en janvier dernier, c’est plusieurs villes de l’ouest du pays de Paul Biya qui participaient à une journée « ville fantôme ».

Et ce mode de contestation a essaimé dans d’autres régions du monde : en septembre, une opération « ville morte » était organisée dans la ville française de Belfort, pour apporter un soutien aux employés menacés de la société Alstom. Depuis le mois de mars, c’est dans le département de la Guyane que la stratégie a été formellement brandie par les protestataires…

Il en va des techniques de protestation urbaine comme des ingrédients de cuisine : pour la bonne réaction du palais, il faut les varier. Plus facile à dire qu’à faire, dans une RDC qui fait du surplace politique…

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