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Centrafrique : à Bangui, la prière reprend dans une mosquée en dehors de l’enclave musulmane du PK5

Par - à Bangui

Des Centrafricains de confession musulmane attendent de rencontrer le pape François à Bangui le 30 novembre 2015 (image d'illustration). © Andrew Medichini/AP/SIPA

Dans le quartier de Lakouanga, à Bangui, chrétiens et musulmans ont initié des travaux de reconstruction de la mosquée, détruite par deux fois. Quatre ans après l'éclatement de la crise, c'est le seul lieu de culte musulman à avoir rouvert dans un quartier autre que le PK5. Tout un symbole. Reportage.

Le vent est sec ce mercredi 5 avril, il fait très chaud. Sous un soleil de plomb, Tidjani, la trentaine, arrive à la mosquée de Lakouanga, encore en reconstruction, pour la prière du jour. C’est à l’extérieur que prient les fidèles musulmans, se serrant sur des nattes pour occuper un petit espace jouxtant la zone des travaux.

« On ne se cache plus pour prier. J’en suis heureux car c’est un bon signe pour la réconciliation entre chrétiens et musulmans à Bangui », lâche ce jeune étudiant de l’université de Bangui. Ce jour-là, ils sont une petite centaine de musulmans à se rassembler pour la prière. Quelques bâches portant le sigle « PAM » (Programme alimentaire mondial) leur permettent de se mettre à l’abri du soleil.

Non loin des fidèles, des tas de sable et de gravier rappellent que les travaux ne sont toujours pas finis. Tidjani et son ami Sadam suivent désormais attentivement les prédications de l’imam Saleh Ndiaye. Le thème du jour porte justement sur « la paix en soi et avec les autres ». L’imam explique que le musulman « est celui qui doit vivre dans la paix et construire la paix autour de lui parce que l’islam signifie paix« .

Environ 400 mosquées détruites

Tidjani n’est pas le seul étudiant à venir prier hors du quartier musulman du PK5. « Ça nous rappelle les temps d’avant la crise », sourit Yassa, étudiant en 3e année de médecine à l’université de Bangui. « Avant, on n’avait pas besoin de chercher pendant longtemps une mosquée. Mais aujourd’hui, ce n’est pas dans tous les quartiers qu’on peut en trouver », regrette-t-il, félicitant l’initiative de la reconstruction des lieux de culte musulmans.

Tidjani et Yassa se connaissent très bien. Tous deux étaient aussi commerçants, avant de tout perdre avec la crise. Début 2014, à cause des violences intercommunautaires, environ 400 mosquées ont été détruites dans tout le pays, selon Samantha Power, ambassadrice des États-Unis à l’ONU en visite dans le pays en mars 2015.

Malgré le dispositif de protection mis en place par quelques chrétiens pour empêcher la destruction et le vol, celle du quartier de Lakouanga n’a pas échappé à l’appétit des pillards. La toiture, les planches, les fers et même les briques de la mosquée ont été emportés.

Quelques mois plus tard, un comité est mis en place, avec à sa tête un chrétien et un musulman, Christian Aimé Ndotah et Cheikh Goumbala. Ils collectent des aides matérielles et financières et lancent la reconstruction de la mosquée en décembre 2014.

Symbole de réconciliation

Le bâtiment est aujourd’hui le seul, hors du quartier musulman du PK5, à voir revenir prier des musulmans, même s’il est encore en reconstruction. Très vite, la mosquée est devenue un symbole de la réconciliation à Bangui. « Au début, quand nos frères chrétiens du quartier nous ont appelés à reprendre la prière ici, on avait peur pour nos vies. Mais on leur a fait confiance », se souvient l’imam Saleh Ndiaye.

Aujourd’hui, les travaux de reconstruction de la mosquée se poursuivent. « La reconstruction aurait pu s’achever l’an dernier mais les nouvelles violences d’octobre 2016 ont fait qu’une partie de la mosquée a été encore détruite », se désole Christian Aimé Ndotah. « Mais cela ne nous a pas découragés. On veut tenir le pari parce que la réconciliation passe par là », ajoute-t-il.

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