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Maroc : 5 questions à se poser avant le débat de l’ONU sur le Sahara occidental

Dans le camp de réfugiés de Laayoune, dans la région du Sahara occidental, en 2009. © Alfred de Montesquiou/AP/SIPA

En ce mois d'avril, comme tous les ans, la question du Sahara réintègre l'agenda du Conseil de sécurité. Mais cette fois les débats risquent d'être différents des années précédentes, et pas seulement parce que l'ONU a changé de secrétaire général. Pourquoi ? La réponse, en questions.

Le marathon annuel sur la question du Sahara occidental a commencé à l’ONU. Comme chaque année, le secrétaire général de l’organisation, António Guterres, doit préparer un rapport sur la situation dans la région et le soumettre aux membres du Conseil de sécurité avant le 27 avril. Ce jour-là, le conseil en question doit se prononcer sur le renouvellement du mandat de la Minurso, la mission de l’ONU sur place et dont la mission s’achève en théorie le 30 avril. 

Les rapports sur le Sahara présentés à cette occasion se suivent et se ressemblent. Mais cette année, le nouveau secrétaire général hérite d’un bilan qui n’est pas le sien et qui a été émaillé par un long bras de fer entre le Maroc et son prédécesseur, Ban Ki-moon. Les choses sont rentrées dans l’ordre depuis, mais la situation a évolué sur le terrain. De nouvelles questions se posent désormais à l’ONU au sujet du Sahara.  

Que faire avec le Polisario à Guergarate ?

Les forces armées du Polisario campent toujours dans ce bout de terre sous supervision onusienne et qui a failli être le théâtre d’une confrontation militaire entre les armées marocaines et sahraouies. Même si le Maroc s’en est retiré fin février, le Polisario y est toujours en violation de l’accord de cessez-le feu de 1991.

Le 24 février, Mohammed VI a appelé António Guterres pour lui faire part de la dangerosité de la situation. Le lendemain, ce dernier appelait les deux parties à se retirer. Le Maroc obtempère, mais le Polisario ne cède pas. Début mars, la Canadienne Kim Bolduc, chef de la Minurso, s’était rendue à Tindouf afin de convaincre le Polisario de retirer ses troupes. Silence radio depuis. 

Quel avenir pour la Minurso ?

D’après les médias marocains, la mission onusienne, dont une partie avait été expulsée par le Maroc il y a un an, s’apprête à recouvrer « sa pleine fonctionnalité » dans le Sahara occidental. 

Un groupe de 17 fonctionnaires vient d’avoir le feu vert du Maroc pour réintégrer son quartier général à Laâyoune. En juillet dernier, un premier groupe de 25 membres avait déjà rejoint sa base. Rabat a exigé que ces opérations de retour respectent le principe de « neutralité et de non-ingérence » dans le conflit du Sahara. Mais deux zones d’ombres persistent.

La première : on ne sait pas si tous les membres de la Minurso expulsés − 84 selon l’AFP − ont effectivement réintégré leurs postes. La seconde : on ne sait pas non plus si les missions officielles de la Minurso, telles que définies dans l’accord de 1991, seront gardés en l’état. En effet, cette année-là, l’ONU avait créée la Minurso avec pour objectif de surveiller le cessez-le-feu entre Maroc et Polisario et d’organiser une consultation référendaire qui permettrait aux habitants du Sahara occidental de décider du statut futur de ce territoire.

L’accord a prévu une période transitoire jusqu’à la tenue du référendum. Période qui dure encore, les deux interlocuteurs n’ayant toujours pas réussi à s’accorder sur la composition du corps électoral. Au vu de ce blocage, quelle légitimité pour la mission référendaire ? 

Qui pour remplacer l’envoyé spécial Christopher Ross ?

L’envoyé spécial du secrétaire général pour le Sahara occidental, Christopher Ross, a quitté son poste en mars dernier. Ses relations avec Rabat ont souvent été houleuses. Celle-ci l’accusait de pencher en faveur du Polisario. Le nom de l’ancien président fédéral allemand, Horst Köhler, circule avec insistance pour lui succéder.

Celui-ci a un profil différent de Ross. Membre du Parti démocrate-chrétien d’Angela Merkel, c’est un économiste de carrière, ancien président de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (Berd) et ancien directeur exécutif du Fonds monétaire international (FMI). Si sa nomination est entérinée, il démarrera en terrain inconnu. Un atout dans la main de la diplomatie marocaine.

Quelle position pour l’administration Trump? 

Le débat onusien de cette année sur le Sahara coïncide avec le renouvellement de l’administration américaine, dont les intentions vis-à-vis de ce dossier ne sont pas encore connues. Tout ce qu’on sait, c’est que Washington est plus préoccupée par l’augmentation de son budget défense que par l’ONU, dont elle finance beaucoup trop de missions selon Donald Trump

C’est la jeune gouverneure de la Caroline du sud, Nikki Haley, qui a été désignée par Trump pour représenter la diplomatie américaine à l’ONU. C’est aussi elle qui présidera le Conseil de sécurité ce mois d’avril. Pour le moment, rien n’augure de ses intentions. Mais comme chaque année, le Maroc va se déployer pour contrer les manœuvres des lobbys américains acquis au Polisario, notamment celles du Western Sahara Caucus et du Robert F. Kennedy Center for Justice and Human Rights. 

En cas de problème, il devrait pouvoir compter sur la bienveillance de la France, son ami historique ainsi que sur ses nouveaux alliés (Russie, Chine).

Un sujet européen ? 

Le Sahara n’est plus un sujet strictement onusien. Il est devenu africain depuis que le Maroc a décidé de couper les ailes de son ennemi dans tous les meetings internationaux. En janvier dernier, le Maroc est devenu membre de l’Union africaine (UA), où siège également la République arabe sahraouie et démocratique (RASD). Depuis lors, il ne rate aucune occasion pour isoler cette dernière et l’affaiblir sur le continent.

En décembre dernier, le sujet du Sahara s’est même imposé dans les relations entre le Maroc et l’Union européenne, suite au verdict de la Cour de justice de l’UE à propos de l’accord agricole avec le Maroc. Lequel verdict avait estimé que le Sahara était un terrain distinct du Maroc et que les politiques européennes devaient prendre cela en considération dans la négociation de leurs prochains accords avec le royaume.

Un nouveau front pour Rabat.