Hammamet : Afek Tounes, la voix des jeunes Tunisiens

Mohamed-Ali Mankai (au centre en bleu) rencontre les agriculteurs à Béni Khaled. © Ons Abid

Dans l'intérieur du pays, électeurs et formations politiques tunisiennes se croisent, entre désillusions des uns et ambitions électorales des autres. Reportage.

"Hammamet a beau être la capitale touristique de la Tunisie, on y trouve un condensé de tous les problèmes du pays : insécurité, cherté de la vie, croissance urbaine anarchique, absence d’aménagement cohérent, pauvreté, crise de l’agriculture et du tourisme", explique Mohamed-Ali Mankai, tête de liste d’Afek Tounes dans la circonscription de Nabeul 2.

Ce dynamique chef d’entreprise de 53 ans, fils d’agriculteurs, diplômé de l’École supérieure de commerce de Lyon (France), est une figure de la vie locale. Très impliqué dans le domaine associatif, il a franchi le Rubicon en 2012, en rejoignant Afek, l’une des rares "jeunes formations" à avoir émergé des élections d’octobre 2011. Ce parti séculier et moderniste avait décroché quatre sièges à l’Assemblée nationale constituante. Il ambitionne de doubler ce score. La jeunesse de son encadrement et une identité libérale assumée constituent ses marques de fabrique.

Contrat de confiance avec l’électeur

"Nous ne jouons pas à armes égales avec les grands partis, qui ont souvent plus de moyens et moins de scrupules que nous, analyse Mankai. Les valeurs d’exemplarité et de transparence sont à la base de notre contrat de confiance avec l’électeur. Nous refusons la démagogie. Notre engagement, c’est porter sa voix au sein de la future Assemblée. Ce scrutin sera l’occasion de faire vivre nos idées et nos propositions, durant la campagne puis au Parlement. Afek se concentre sur les législatives, et ne présente pas de candidat à la présidentielle."

L’équipe d’Afek compte une quinzaine de militants actifs à Hammamet et une cinquantaine à l’échelle de la circonscription. Mohamed Zoghlami, la trentaine, sillonne la délégation de Béni Khalled, qui vit essentiellement de l’agriculture. Membre du conseil national du parti, c’est un militant de la première heure, qui s’est engagé en 2011, à la création du mouvement. "J’ai été séduit par le positionnement libéral, le discours axé sur les valeurs de liberté et de responsabilité. L’État doit se réformer pour être plus efficient et se mettre au service des citoyens. Mais la société tunisienne doit elle aussi faire sa révolution culturelle et sortir de la culture de l’assistanat. L’autre élément qui a pesé dans mon choix, évidemment, c’est la jeunesse du parti : ici, il n’y a pas de caciques."

Chaïma Ben Abderrahmane, 24 ans, qui termine ses études, est sixième et dernière sur la liste. Elle s’est engagée cette année, après mûre réflexion, et reconnaît volontiers que le contact avec les citoyens n’a rien d’une sinécure. "Les partis ont une image détestable dans l’opinion. C’était déjà vrai en 2011, et ça l’est encore plus aujourd’hui à cause du spectacle affligeant offert par les élus de la Constituante depuis trois ans. Le désenchantement des jeunes est très fort, ils renâclent à s’engager. Afek m’a semblé différent des autres, plus honnête, transparent et crédible dans son programme."

Nida Tounes, rempart contre un retour aux affaires des islamistes

La rhétorique du "vote utile", qui inhibe bon nombre d’électeurs hostiles à Ennahdha et aux autres partis de l’ex-troïka (Ettakatol et le Congrès pour la République – CPR), représente néanmoins un sérieux handicap. Elle est exploitée au maximum par Nida Tounes, qui a réussi à s’ériger en rempart contre un retour aux affaires des islamistes. "Les électeurs sensibles à notre discours sont souvent encore traumatisés par la dispersion des voix qui s’était produite le 23 octobre 2011, analyse Mankai. Nous leur expliquons que le mode de scrutin actuel ne permettra pas à Nida de réunir une majorité absolue en sièges et qu’il aura besoin d’alliés au Parlement pour gouverner. Voter utile, c’est donc voter pour une formation qui a une chance de décrocher un siège dans une circonscription donnée."

Afek nourrit des ambitions réalistes, car une campagne se joue autant sur la personnalité du candidat que sur l’appartenance partisane. Et le fait que sa tête de liste soit originaire de Hammamet, la délégation la plus peuplée de la circonscription, peut lui procurer un avantage sensible le jour du scrutin…

Nabeul 2 et ses 32 listes

La circonscription de Nabeul 2 détient six sièges à l’Assemblée, pour 150 000 inscrits. Elle englobe sept délégations. Ennahdha y avait remporté le plus grand nombre de suffrages en 2011 (37 159 voix, soit 29,6 %) et arraché deux des six sièges à pourvoir. Le Congrès pour la République (CPR) s’était hissé en deuxième position, avec 17 825 voix (un seul siège certes, mais pas n’importe lequel, celui de Moncef Marzouki, natif de Grombalia, qui sera ensuite élu président de la République le 12 décembre 2011).

Les sociaux-démocrates d’Ettakatol, les populistes d’Al-Aridha et les centristes du Parti démocrate progressiste (PDP) s’étaient partagé les trois sièges restants. L’équation sera forcément différente cette année, car il faudra aussi compter avec l’épouvantail Nida Tounes et avec un tassement prévisible des partis de l’ex-troïka (Ennahdha – qui a investi Meherzia Laabidi, la vice-présidente de l’Assemblée nationale constituante -, le CPR et Ettakatol). Avec 32 listes en compé­tition, la concurrence sera rude.

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