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Racisme, récupération et « bad buzz » publicitaire…

par

Damien Glez est dessinateur-éditorialiste franco-burkinabè

L'œil de Glez. © Glez / JA

Les manifestations d'un racisme ordinaire se multiplient. Mais parfois, la bêtise et la trivialité semblent davantage en cause.

C’est à décourager d’être raciste ! Le politiquement correct soulève-t-il des lièvres perfides qui, jadis, passaient comme une lettre à la poste ? Ou y a-t-il réellement, comme le dénoncent nombre de militants antiracistes, une libération de la parole de ceux qui se sentent indisposés par les variations trop visibles des épidermes ?…

Bien sûr, le film À bras ouverts –  intitulé d’abord « Sivouplééé ! » – présente la caricature grossière d’une famille de Roms envahissants. Mais n’est-ce pas le même réalisateur, Philippe de Chauveron, qui forçait le trait des clichés racistes, dans Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu ?, pour mieux les dynamiter, faisant ainsi œuvre d’utilité publique ?

Bien sûr, l’ancien président français Valéry Giscard d’Estaing, dans un entretien télévisé en début de semaine, manipulait dangereusement la notion d’origine, expliquant son choix non-rancunier, dans l’affrontement électoral de Jacques Chirac et Edouard Balladur, en 1995. Les racines limousines du futur élu auraient rassuré VGE davantage que les origines orientales du battu. Pour autant, ne faut-il pas se contenter d’y voir les relents stériles et séniles d’un esprit anachronique ?

On pourrait ainsi renvoyer joyeusement dans les cordes la réactivité parfois trop… épidermiques de ceux qui souhaitent traquer la « racialisation » de tout discours. Pour autant, la date de péremption des politiciens ou l’immunité humoristique sont parfois des circonstances atténuantes un peu courtes. Au risque de réveiller Dieudonné Mbala Mbala…

Saint-Benetton, où es-tu ?

Quand Pepsi met en scène, dans un spot publicitaire trivial, une demi-sœur de la demi-vedette de télé-réalité Kim Kardashian, avec une séquence finale rappelant l’action de la manifestante noire Leshia Evans à Bâton Rouge en 2016, la marque ne peut nier – et ne nie plus – qu’elle récupère en l’instrumentalisant l’imagerie contestataire du mouvement « Black Lives Matter », dans le but d’écouler un soda aussi mauvais pour les artères que pour la culture protestataire. Saint-Benetton, où es-tu ?

Circonstances atténuantes ou pas, les lapsus et la candeur ont bon dos

Pire : quand la marque Nivea vend son déodorant « invisible for Black & White » en scandant le slogan « White is purity », n’alimente-elle pas le phénomène de la dépigmentation encore récemment dénoncé par la journaliste Laura Mel dans son reportage « les Ivoiriennes y laissent leur peau ! ». Car la naïveté supposée des créatifs commerçants devient le fouet que ceux-ci tendent pour se faire morigéner.

À moins que ce martinet ne soit justement l’instrument semi-masochiste d’un buzz programmé, ce qui n’est pas constitutif du registre habituel de Nivea, marque pourtant connue pour la valorisation d’individus hétéroclites, aussi bien en termes de couleurs de peau que de corpulences ou de tranches d’âge.

Circonstances atténuantes ou pas, les lapsus et la candeur ont bon dos, surtout quand on constate que la campagne de Nivea a formellement « enjaillé », sur les réseaux sociaux, les comptes de certains suprémacistes blancs.