Maroc : 6 enseignements à retenir après la nomination du nouveau gouvernement

Le nouveau gouvernement du Maroc, nommé le 5 avril 2017. © AP/Sipa

La composition du nouveau gouvernement marocain nommé ce mercredi n'a pas de quoi surprendre. Mais à le regarder de plus près, il permet de comprendre bien des choses sur les relations entre le Palais et le monde politique. Six, très exactement.

Quelques heures après avoir été nommés par le roi, mercredi 5 avril, les nouveaux ministres du Maroc se sont mis au travail. Aux ministères des Affaires étrangères et de l’Intérieur, les passations de pouvoir ont eu lieu juste après la cérémonie royale. On s’empresse de rattraper les six mois de retard. Faisons une arrêt sur image, pour observer de plus près le nouveau cabinet, dirigé par le PJD et écouter ce qu’il dit des relations entre le palais et le monde politique.

39 ministres, c’est beaucoup ?

Oui, le gouvernement de Saadeddine El Othmani est pléthorique. Mais ce n’est pas nouveau : à de rares exceptions près, le Maroc a toujours eu des gouvernements semblables.

Il faut dire que satisfaire les convoitises de six partis politiques n’est pas chose aisée. Surtout, cette démultiplication des valises ministérielles est le résultat logique d’un système électoral qui ne permet pas à un parti d’acquérir une majorité confortable et donc de créer un gouvernement homogène et ramassé.

Peu de postes stratégiques pour le PJD

Arrivé premier aux élections législatives, le parti islamiste hérite de 12 départements ministériels sur les 39 que compte ce gouvernement. Hormis l’Équipement et l’Énergie, il s’est contenté de portefeuilles à caractère sociaux. Signe que les négociations avec les autres partis ont été difficiles et qu’il a dû faire beaucoup de concessions.

Pour diriger l’Emploi, le parti a choisi Mohamed Yatim, ancien secrétaire général de son aile syndicale, l’Union national du Travail du Maroc (UNTM), qui sera aux prises avec les autres centrales syndicales. Sa tâche ne sera pas facile dans ce département à problèmes.

Mustapha Ramid, ministre d’État chargé des Droits de l’homme, a gagné en grade mais il a perdu le ministère de la Justice. Sa consolation : il est devenu numéro 2 du gouvernement après Saadedine El Othmani et pourra constituer un duo avec lui, comme l’avaient fait Abdelilah Benkirane et Abdellah Baha.

Le RNI monte en puissance

Le parti libéral est, incontestablement, le grand vainqueur des tractations. Le trio Akhannouch/Boussaid/Elalamy  s’est adjugé les départements ministériels les plus importants (Agriculture, Commerce et industrie, Économie et finances), sans parler de la Justice, tombée dans l’escarcelle de Mohamed Aoujjar.

Petite revanche d’Aziz Akhannouch sur l’ancien chef de gouvernement, Abdelilah Benkirane, au sujet de le fond de Développement rural. En 2015, les deux hommes se sont affrontés sur la tutelle de ce fonds qui brasse des milliards de dirhams et qui recèle un important enjeu électoral. En tant que ministre du Développement rural, c’est Akhannouch qui l’a maintenant dans son chapeau.

Le retour des méga-ministères

Mohammed Hassad, Aziz Akhannouch et Mohamed Sajid ont hérité de gros portefeuilles ministérielles. C’est le retour des méga-ministères, créés au lendemain de l’intronisation de Mohammed VI pour exécuter sa politique de grands chantiers. Ils sont gérés par des hommes d’appareil, épaulés par une flopée de secrétaires d’État.

Après avoir restructuré l’Intérieur, Mohammed Hassad, s’en va faire le ménage dans l’Éducation nationale, un département qui cristallise les maux du Maroc actuel et à cause duquel il est très mal noté à l’international. On attendra de voir si la méthode Hassad, réputée intransigeante et chirurgicale, donnera des fruits. Sinon dans la liste gouvernementale, on ne manquera pas de relever la focalisation sur le portefeuille de l’Eau, cité dans quatre départements ministériels à la fois. Comment cette question pourra-t-elle être gérée par tout ce monde ?

L’Afrique, le Sahara, les Droits de l’homme…les priorités

Même si le mot « Afrique » ne figure pas dans les dénominations officielles des ministères, il fait d’ores et déjà partie des compétences du nouveau ministre des Affaires étrangères, Nasser Bourita. L’Afrique sera la priorité de celui qui orchestre depuis longtemps la politique africaine de sa Majesté.

La nomination de M’barka Bouaida à la Pêche, principale ressource du Sahara, est un message clair à l’Union européenne, précisément à sa Cour de Justice qui avait émis des réserves sur la marocanité du Sahara. La ministre Bouaida, sahraouie de souche, sera aux côtés d’Aziz Akhannouch dans les négociations des prochains accords du Maroc avec l’UE. Dans ces négociations, la question du statut du Sahara risque d’être posée.

Quant à la création d’un ministère d’État des Droits de l’Homme, c’est un message clair envers la communauté internationale. Le Maroc, qui a indéniablement fait des progrès dans ce domaine, veut contrecarrer les arguments de ses ennemis, qui posent la question des Droits de l’homme dans l’affaire du Sahara.

Les femmes au second plan

Elles sont neuf dans ce gouvernement. Mais presque toutes secrétaires d’État. Exceptée l’islamiste Bassima Hakkaoui, qui a gardé son titre de ministre, toutes les autres femmes de ce gouvernement vont jouer des seconds rôles. Le Maroc semble prendre la question de la représentativité féminine dans le gouvernement sous l’angle du nombre et non du pouvoir. Quant à la parité, on en est encore loin.