Niger : inquiétudes après les arrestations de l’activiste Maikoul Zodi et du journaliste Baba Alpha

Maikoul Zodi, président du Mouvement des Jeunes Républicains du Niger. © Profil Facebook de Maikoul Zodi.

Plusieurs organisations de la société civile, dont l’ONG Amnesty International, se sont inquiétées des récentes arrestations de deux syndicalistes au Niger, Maikoul Zodi, président du Mouvement des Jeunes Républicains, et Baba Alpha, journaliste de la chaîne TV Bonferey.

Maikoul Zodi et Baba Alpha ont été arrêtés pour des motifs n’ayant a priori rien à voir avec leurs activités militantes. Le président du Mouvement des Jeunes Républicains, organisation de défense des droits des jeunes, a ainsi été interpellé mercredi 5 avril à 6 heures du matin, à son domicile, et devait être, selon nos informations, présenté à un juge dans la journée. Il serait soupçonné de « concussion ».

Recruté en 2014 comme professeur d’histoire et de géographie, il est accusé de n’avoir jamais pris son service, tout en ayant perçu son salaire. L’intéressé se défend et estime n’avoir jamais reçu ni affectation, ni sommation à reprendre son activité, après sa démission du poste de rapporteur de la société civile à la Commission électorale nationale indépendante (CENI).

Également membre de l’ONG « Tournons la page » et du Réseau des organisations pour la transparence et l’analyse budgétaire (Rotab), il avait à l’époque refusé de valider le processus électoral, à la veille du second tour de la présidentielle, en mars 2016. Maikoul Zodi est en outre l’un des cinq dirigeants de la société civile ayant déposé la « plainte contre X » avec constitution de partie civile, le 30 mars dernier, dans l’affaire dite de l’UraniumGate.

Intimidation ?

Baba Alpha, journaliste de la chaîne privée de télévision Bonferey, a quant à lui été arrêté lundi 3 avril. Il est accusé de faux et usage de faux. Son audition est également prévue ce jeudi 6 avril. Président de l’association de la Maison de la presse du Niger, il avait, en juin 2016, appelé au boycott de la cérémonie de rupture du jeûne avec le président de la République.

Il a été inculpé le lundi 3 avril pour faux et usage de faux et est soupçonné d’avoir utilisé de faux documents pour obtenir sa nationalité nigérienne en 2011. Son père, âgé de 70 ans, arrêté le même jour, est aussi poursuivi pour les mêmes raisons. Selon son avocat, Baba Alpha est né au Niger de parents maliens.

« Le message adressé à ces voix dissidentes du Niger est clair : s’exprimer librement sur la situation économique et sociale et exiger la transparence dans la gestion des affaires publiques pourraient vous conduire en prison », a réagi Kiné Fatim Diop, chargée de Campagnes sur l’Afrique de l’Ouest à Amnesty International.