Gambie : les citoyens appelés aux urnes pour la première fois depuis le départ de Yahya Jammeh

Par Jeune Afrique avec AFP

Un Gambien tient dans ses mains l'affiche de campagne d'Adama Barrow, élu président de la Gambie, à Banjul, le 29 novembre 2016. © Jerome Delay/AP/SIPA

Les élections législatives ont lieu ce jeudi en Gambie. Les partis dont était issue la coalition qui a soutenu la candidature d'Adama Barrow se présentent séparément au scrutin, faisant craindre que le vote ne profite à la formation de l'ex-président Yahya Jammeh.

Un peu plus de 886 000 électeurs sont appelés ce jeudi 6 avril à élire leurs députés, deux mois et demi après l’investiture du président gambien Adama Barrow. Les opérations de vote sont prévues de 8h à 17h, heure locale. Selon la Commission électorale (IEC), les premiers résultats sont attendus vendredi.

Le Parlement gambien, monocaméral, compte 58 députés – 53 élus et cinq nommés par le président pour un mandat de cinq ans. Selon l’IEC, les 238 candidats sont issus de neuf partis politiques ou de listes indépendantes.

La nouvelle coalition éclatée

La large coalition de l’opposition qui a soutenu la candidature d’Adama Barrow n’a pas survécu au départ du chef de l’État, Yahya Jammeh. Les partis qui la composaient se présentent séparément à ce scrutin, faisant craindre à certains de ses membres que cette division ne profite à la formation de l’ex-président, l’Alliance patriotique pour la réorientation et la construction (APRC).

L’APRC espère ainsi l’emporter dans les 29 circonscriptions où elle présente des candidats, selon son chef de campagne, Yankuba Colley. »L’APRC est le plus grand parti du pays, que ça plaise ou non », a déclaré un responsable de cette formation, Bibi Darboe, lors d’un meeting à Bakau, près de la capitale Banjul, mardi soir, au dernier jour de la campagne.

Ils vont mourir de leur belle mort

Malgré ces proclamations, les rangs des partisans de l’APRC, en tee-shirts verts à l’effigie de Yahya Jammeh, étaient bien plus clairsemés qu’avant l’élection présidentielle du 1er décembre 2016, quand toute idée d’alternance démocratique en Gambie semblait pratiquement inimaginable.

« Ils vont mourir de leur belle mort », a au contraire estimé Madi Ceesay, du Parti démocratique unifié (UDP), auquel appartenait Adama Barrow avant d’en démissionner pour représenter l’ensemble de la coalition contre Yahya Jammeh.

« Ils n’auront pas plus de deux sièges au Parlement », a assuré Madi Ceesay, un des 44 candidats de l’UDP, en lice à Serrekunda, la zone la plus peuplée du pays, près de Banjul.

Le Congrès démocratique de Gambie (GDC), créé en 2016 et dont le chef, Mama Kandeh, est arrivé en troisième position à l’élection présidentielle, loin derrière Jammeh et Barrow, espère de son côté réaliser une percée. Le parti attire les électeurs « parce que nous parlons de la jeunesse, des femmes, et d’émancipation », a affirmé un de ses candidats, Ebrima Nyang.

Confiance des observateurs internationaux

Les précédentes élections législatives, en 2012, avait été boycottées par six des principaux partis de d’opposition, accusant le régime d’ « abus de pouvoir », l’APRC remportant ainsi une victoire écrasante.

L’Union européenne, qui a déployé pour la première fois une véritable mission d’observation des élections en Gambie, s’est dite confiante dans le déroulement du scrutin. »La campagne a été très libre et pacifique », a déclaré le chef de la mission, le député tchèque au Parlement européen Miroslav Poche. « L’IEC a fait ses preuves lors de l’élection présidentielle de décembre », a-t-il souligné.

L’Union africaine et la Cedeao, dont les troupes sont toujours présentes en Gambie à la demande du président Barrow, ont également envoyé des observateurs.

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