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Burundi : une vidéo d’Imbonerakure menaçant d’ « engrosser » leurs adversaires provoque l’indignation

Des Imbonerakure coursent des manifestants de l'opposition, sans en être empêchés par les forces de l'ordre, à Bujumbura le 25 mai 2015. © Berthier Mugiraneza/AP/SIPA

Une vidéo dans laquelle apparaissent des Imbonerakure, les jeunes affiliés au parti au pouvoir, menaçant "d’engrosser" leurs adversaires politiques fait le tour du web depuis lundi. Alors que certains crient au scandale, dénonçant une incitation au viol à peine voilée, le régime a dans un premier temps évoqué un grossier montage, pour finalement promettre une enquête disciplinaire.

WhatsApp, Facebook, Twitter… La vidéo controversée se partage sans modération sur les réseaux sociaux les plus utilisés au Burundi, suscitant stupeur et indignation.

Le contenu : des dizaines de jeunes, voire plus d’une centaine, le pas cadencé, moral au zénith, divisés en deux groupes selon la couleur de leur T-shirt, qui entonnent une chanson au refrain agressif : « Engrossez les adversaires pour qu’ils enfantent des Imbonerakure » (les jeunes affiliés au parti au pouvoir, le Cndd-Fdd, ndlr)».

D’après des sources locales, les images dateraient bien de samedi 1er avril et ont été filmées dans la commune de Ntega (lisible dans la vidéo), colline Kigaga, en province Kirundo, au nord du Burundi.

« Les Imbonerakure attendaient le président du parti Cndd-Fdd au niveau provincial et avaient prévu de faire une démonstration  de force », témoigne une voix anonyme de la localité, qui va plus loin et révèle même l’identité de l’homme au T-shirt blanc qui semblait être le commandant en chef de l’armada : « Il s’agit de Ntereke Alfonse, le chef des démobilisés en commune Ntega ». Une information que confirme un journaliste basé au nord du Burundi, ajoutant de surcroît que la tenue exhibée, « qui ressemble beaucoup à des maillots de football », n’est rien d’autre que celle récemment distribuée à la plupart des Imbonerakure dans toute la province.

« Une incitation au viol »

Sur internet, l’indignation de la société civile se heurte d’abord aux dénégations du Cndd-Fdd. Pour les détracteurs du régime, « le viol est devenu une valeur à chanter au sein du parti au pouvoir et cette vidéo en est la preuve ». « Il ne s’agit que d’images de 2006 qui ne constituent en aucun cas un appel au viol  [quoi qu’elle (la chanson) soit] certes d’un goût douteux », avait vite réagi, ce mardi 4 avril, sur les réseaux sociaux, Yves Lionnel Nubwacu, un membre de l’équipe de communication de la présidence de la république.

Mais c’était avant que le Cndd-Fdd ne publie un communiqué le lendemain matin reconnaissant les faits : « Le parti Cndd-Fdd a condamné avec la dernière énergie cet écart de langage et la Commission de discipline est déjà à pied d’œuvre pour déterminer les responsabilités  afin que les coupables soient sanctionnés ».

De fait, cette vidéo pourrait s’ajouter à la liste déjà longue des griefs retenus par l’ONU à l’encontre du régime burundais dans son rapport publié en Septembre 2016, où elle affirme que « de nombreuses femmes qui ont fui le pays ont été soumises à la violence sexuelle au cours de leur fuite par des Imbonerakure… ».

Deux mois après, La Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH) avait sorti un autre rapport faisant état de plusieurs centaines de femmes victimes de violences sexuelles depuis le début de la crise en avril 2015.