Cameroun : Hugo Broos et le BruxellesGate, dernier épisode de la saga Fecafoot

Le sélectionneur des Lions indomptables Hugo Broos lors de la CAN 2017. © Sunday Alamba/AP/SIPA

Pour ceux qui suivent le football camerounais, le « BruxellesGate », comme certains l’ont baptisé, n’est qu’une affaire de plus. Il n'empêche, cette histoire de fonds non débloqués et de factures impayées autour de l’équipe nationale a eu le don d’énerver au plus haut point le sélectionneur Hugo Bross.

Tout a éclaté en marge du match entre la Guinée et le Cameroun, délocalisé à Bruxelles le 28 mars. La rencontre, amicale, n’était, il faut bien le dire, pas d’une importance cruciale. Les Camerounais avaient même décidé de se passer de plusieurs de leurs cadres. Mais, dans le marigot footballistique camerounais, les embûches ne sont jamais bien loin.

D’abord, les Lions indomptables, qui viennent d’être sacrés champions d’Afrique chez leur voisin gabonais, vont perdent la rencontre deux buts à un. Mais c’est surtout dans l’encadrement des joueurs que les erreurs se multiplient. Quelques heures avant le match, l’hôtel des joueurs refuse ainsi de leur servir le repas, en raison des impayés de la délégation. L’affaire rentre finalement dans l’ordre et les joueurs peuvent se restaurer vers 15 heures, une fois les frais réglés.

Quelques heures après le match, nouvelle anicroche dans la gestion de la délégation des joueurs. Ambroise Oyongo, convoqué pour ce match à Bruxelles, s’apprête à rentrer au Canada pour retrouver son équipe de l’Impact de Montréal, quand il se rend compte que sa fédération ne lui a pas réservé de billet de retour. « Je suis là à attendre, personne ne répond. Tu donnes ton cœur, ton âme, ta vie pour ta nation, mais d’autres ne reconnaissent pas ta valeur », déplore-t-il au site internet Camfoot. Il prend finalement un vol dans la journée du 30 mars.

Le coup de gueule d’Hugo Broos

Cet épisode bruxellois n’a pas été du goût du sélectionneur camerounais Hugo Broos, lequel avait déjà fait face à des problèmes de salaires impayés. Rappelant d’autres imbroglios, notamment lors d’un stage à Nantes, en France, en mai 2016, lorsque le Cameroun s’était retrouvé sans équipements pendant deux jours, le Belge s’emporte. « Avant le match, on s’apprête à aller prendre le déjeuner et le personnel de l’hôtel refuse, parce que l’hôtel n’avait pas été payé. Où est cet argent ? Je me le demande », s’offusque-t-il.

Des gens sont assis pendant dix jours dans leurs fauteuils et ne foutent rien.

Et de poursuivre : « Dans tous les sens, on nous met les bâtons dans les roues. […] Nous demandons aussi des responsables qui sont professionnels. Je me demande si je dois continuer avec le Cameroun. Si des joueurs qui préparent un match n’ont pas leur repas à midi, pendant que des gens sont assis pendant dix jours dans leurs fauteuils et ne foutent rien, on ne peut pas l’accepter. »

L’État reprend la main

Le coup de semonce ne tarde pas à résonner du côté de Yaoundé. Lundi 3 avril, le président de la Fédération camerounaise de football (Fecafoot), Tombi à Roko Sidiki, prend l’affaire en main et convoque une réunion d’urgence afin d’examiner le rapport interne relatif aux incidents du match amical de Bruxelles.

Le lendemain, mardi 4, alors que des rumeurs font état d’intérêt des fédérations sud-africaine et ghanéennes pour s’attacher les services d’Hugo Bross, Tombi à Roko Sidiki et le sélectionneur sont convoqués au ministère des Sports, à l’invitation du ministre Pierre Ismaël Bidoung Kpwpatt. Selon une source proche de la fédération, plusieurs hauts gradés de la police se joignent même à la réunion, qui a lieu dans le cabinet du ministre. Le message est clair : l’État reprend la main.

L’affaire se dégonfle ?

Des rumeurs de chasse aux sorcières font alors trembler la Fecafoot. Mais la bombe n’explose finalement pas. À la sortie de ce conclave d’urgence, Hugo Broos joue la carte de l’apaisement lors d’une conférence de presse commune avec Tombi à Roko Sidiki. « J’ai peut-être exagéré », concède le Belge, qui ajoute avoir « voulu mettre les pendules à l’heure ».

J’ai peut-être exagéré.

« Pendant un an, on a bossé et je remercie encore le président de la Fecafoot et le ministre des Sports pour leurs efforts. J’avais peur, suite à ce qui s’est passé [à Bruxelles, NDLR], qu’on retombe dans les problèmes d’avant », ajoute-t-il. Et d’enfoncer le clou : « Je n’ai aucune raison de quitter le Cameroun. […] J’ai déjà discuté avec le président de la Fecafoot pour une prolongation ». En clair : Hugo Broos n’a officiellement aucune intention de quitter les Lions indomptables avant les prochaines échéances que sont la Coupe des confédérations (juin 2017) et la Coupe d’Afrique des nations 2019, qui se jouera à domicile.

Quant à Tombi à Roko Sidiki, il affirme que la Fecafoot a examiné les incidents de Bruxelles. « Nous avons constaté qu’il s’agissait d’incompréhensions entre des personnes en charge de la gestion de l’équipe nationale », a-t-il dédramatisé. Des enquêtes sont néanmoins en cours afin d’établir les responsabilités et « toutes les mesures nécessaires seront prises dans le but de garantir la sérénité et l’efficacité dans la gestion des sélections nationales », a-t-on promis dans un communiqué publié par la Fédération.

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