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Afrique du Sud : qui est Malusi Gigaba, le nouveau ministre des Finances ?

Le nouveau ministre des Finances sud-africains, Malusi Gigaba, le 31 mars 2017. © AP/Sipa

À 45 ans, Malusi Gigaba devient le plus jeune ministre des Finances d'Afrique du Sud, à la faveur d'un remaniement surprise qui a conduit pas moins de 10 ministres à perdre leur porte-feuille le 30 mars. Ce fervent supporter de la politique d'émancipation, qui doit toute sa carrière politique à l'ANC, aura la difficile tâche de succéder à Pravin Gordhan et de retrouver la confiance des investisseurs.

Né dans l’État du KwaZulu-Natal en 1971, dans l’Afrique du Sud de l’apartheid, Knowledge Malusi Nkanyezi Gigaba – c’est son nom complet – est le fils d’un pasteur protestant. Sitôt l’African National Congress (ANC) dépénalisé en 1990 avec la fin de l’apartheid, le jeune homme rejoint le mouvement de jeunesse du parti, au sein duquel il milite pendant six ans avant d’en prendre lui-même la tête et d’occuper ce poste pendant huit ans.

Élu député une première fois au tournant du millénaire, en 1999, il est réélu en 2004, date à laquelle il est nommé vice-ministre de l’Intérieur par le président de l’époque, Thabo Mbeki.

En tant que ministre de l’Intérieur depuis 2014, son maroquin avant sa nomination aux Finances, Malusi Gigaba avait notamment multiplié les contrôles pour s’assurer que les entreprises locales employaient bien 60% de Sud-Africains, conformément à la loi.

Ses résultats comme ministre des Entreprises publiques, son précédent poste entre 2009 et 2014, alors qu’il critiquait les salaires exorbitants des dirigeants des compagnies nationales, sont plus mitigés. Il n’avait par exemple pas hésité à licencier la totalité du conseil d’administration de la compagnie nationale aérienne South African Airways (SAA) en 2012 pour ne pas avoir produit leur rapport financier à temps. Malgré ses efforts, le transporteur aérien, qui a vu plusieurs proches du président Jacob Zuma se succéder à sa tête, traversait toujours de graves difficultés financières aux dernières nouvelles, fin 2016.

Soutien de l’ANC

À 45 ans, Malusi Gigaba devient donc le plus jeune ministre des Finances à avoir jamais occupé ce poste en Afrique du Sud, en plein milieu d’une crise institutionnelle et au terme d’un remaniement contesté qui a donné lieu au limogeage de son prédécesseur, Pravin Gordhan. Contrairement à beaucoup de ses homologues, il n’a pas de formation universitaire en économie et finances, mais détient une licence en sciences de l’éducation et un master en politiques sociales obtenus à l’université de Durban, selon la chaîne de télévision sud-africaine eNCA (eNews Channel Africa).

Pas vraiment un problème, si on le compare à ses prédécesseurs : le dernier en date, Pravin Gordhan, avait par exemple fait des études de pharmacologie. De son côté, Trevor Manuel, premier ministre des Finances « non-blanc » d’Afrique du Sud, sous Nelson Mandela d’abord puis pendant pratiquement quinze ans, de 1996 à 2009, était diplômé en ingénierie civile et en droit.

Malusi Gigaba compte parmi les plus fidèles de Jacob Zuma et n’hésite pas à sortir les crocs lorsqu’il s’agit de défendre l’ANC. Dans une vidéo d’une réunion où il était invité à s’exprimer, on le voit balayer toutes critiques contre le parti au pouvoir comme infondées car émanant « d’un mélange hétéroclite de soi-disant piliers de l’ANC et de leaders de l’ANC déçus qui se sont mis ensemble pour avoir un os à ronger sur le dos de l’ANC ».

Lors du même meeting, Malusi Gigaba s’en est aussi pris aux journalistes : « L’Afrique du Sud est le seul pays où tous les médias haïssent le parti qui a apporté la démocratie », peut-on l’entendre déclarer.

Déjà cible de critiques

L’annonce dans la nuit du 30 au 31 mars du limogeage de Pravin Gordhan, ministre des Finances rival de Jacob Zuma mais respecté des milieux d’affaire, a fait plonger la devise nationale, le rand, qui a perdu 7% par rapport au dollar. Deux des principales agences de notation mondiales, Standard and Poor’s (S&P’s) et Moody’s, ont par ailleurs dégradé la note de la dette souveraine du pays, la faisant passer en catégorie spéculative dans le cas de S&P’s.

Lors de son discours d’investiture le 1er avril, Malusi Gigaba a promis de ne pas détricoter la politique de Pravin Gordhan et ses efforts pour imposer une saine gestion des finances publiques, rappelle Newsweek. Mais il a réaffirmé son engagement à faire appliquer la Black Economic Empowerment Project (BEEP), la politique d’émancipation des Noirs qui vise à casser le monopole de la minorité blanche, encore puissante. « La possession  de la richesse et des ressources restent concentrées entre les mains d’une petite partie de la population, a-t-il déclaré. Cela doit changer ».

« Depuis trop longtemps, il existe une perception sur le Trésor public, qui appartiendrait d’abord et exclusivement aux économistes « orthodoxes », aux grandes entreprises et aux investisseurs internationaux, a-t-il encore déclaré, selon Reuters. Avec tout mon respect, il s’agit d’abord du gouvernement du peuple ».

En dépit de son activisme, le tout nouveau ministre des Finances risque de faire les frais de la colère grandissante contre Jacob Zuma alors que le principal syndicat du pays, la Cosatu, a réclamé la démission du président sud-africain. Sitôt sa nomination annoncée, Malusi Gigaba a ainsi vu sa page Wikipédia vandalisée par des petits malins qui ont ironisé sur son nom complet « Knowledge Malusi Nkanyezi Gigaba » – « knowledge » signifiant « connaissance » en anglais. Quelques heures après l’annonce officielle, sur la page personnelle du ministre sur l’encyclopédie en ligne, ce nom avait été remanié en « Ignorance Malusi Nkanyezi Gigaba ».

© Capture d’écran

Un ancien gestionnaire de fonds de pension sud-africain, Sunil Shah, s’est par ailleurs fendu d’un post de blog pour critiquer le bilan de Malusi Gigaba en tant que ministre de l’Intérieur, notamment des conséquences de ses mesures sur le plan de l’éducation. En s’opposant à la délivrance de visas pour les étudiants gabonais et mozambicains venus étudier l’anglais en Afrique du Sud, Malusi Gigaba aurait ainsi causé du tort aux écoles de langue du pays, lui reproche Sunil Shah

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