Réseaux sociaux : quand les dirigeants africains s’exhibent sur Instagram

Teodorin Obiang, Paul Biya et Paul Kagame. © Capture d'écran de comptes Instagram officiels / Montage JA

Beyoncé, Selena Gomez, Justin Bieber, Cristiano Ronaldo… Si vous êtes sur Instagram, vous n'avez sans doute pas échappé aux clichés de ces stars, « likés » plusieurs millions de fois. Mais vous auriez tort de croire qu’il n’y a que des people sur ce réseau social.

D’accord, Paul Biya n’est ni Beyoncé (99 millions d’abonnés !), ni Justin Bieber (84 millions). Mais qu’importe, le chef de l’État camerounais est lui aussi sur Instagram, où sont immortalisés, depuis le 1er janvier 2017, les moments importants de sa vie de président. Rencontre avec le pape François aux côtés de la première dame, journée avec les Lions indomptables après leur victoire à la Coupe d’Afrique des nations, cérémonies d’hommage…

Paul Biya a certes pris la décision de couper Internet dans les régions anglophones du Cameroun, mais il utilise la toile pour moderniser son image. À l’image de ce qu’il a demandé à ses équipes sur Twitter et sur Facebook depuis de longs mois, Paul Biya renforce sa présence (et sa sympathie) digitale. Comment expliquer autrement ce cliché du président juché sur un tracteur flambant neuf ?

#cameroon#cameroun#paulbiya

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Paul Kagame bien placé

Mais Paul Biya a peut-être sauté le pas (trop ?) tardivement. Il est en tout cas  très loin, avec ses 1 800 et quelques abonnés, d’égaler celui qui fait habituellement office de référence en matière de politique digitale : Paul Kagame, et ses plus de 20 000 fidèles. Non pas que les photos soient de meilleure qualité sur le compte du président rwandais, mais celui-ci avait pris de l’avance puisqu’il poste sur le réseau social depuis 97 semaines.

Paul Kagame et son équipe ont par ailleurs compris l’intérêt des vidéos courtes, qui font chacune plusieurs milliers de vues. Bref, à Kigali, on est semble-t-il rodé, y compris dans la publication des grands classiques comme les rencontres avec les chefs d’État.

Pêle-mêle, ce sont le Marocain Mohammed VI, le Béninois Patrice Talon, le Tchadien Idriss Déby Itno, le Congolais Denis Sassou Nguesso, le Gabonais Ali Bongo Ondimba ou encore Joseph Kabila, de RDC, qui passent à la postérité numérique sur le compte Instagram de leur homologue rwandais.

Buhari et Kenyatta loin devant

Mais Paul Kagame est-il réellement la référence en termes d’affichage sur Instagram ? Pas si sûr : certes, il est loin devant le Gabonais Ali Bongo Ondimba et ses 1 675 abonnés, et de sa femme Sylvia, qui n’hésite pas à poster ses photos de famille à ses 11 000 fans. Il surclasse également de loin l’Ougandais Yoweri Museveni (800) ou le Burkinabè Roch Marc Christian Kaboré (723).

No matter what happens Family unity is above all

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Mais Paul Kagame est largement devancé par plusieurs chefs d’État africains. D’abord, le Nigérian Muhammadu Buhari, et ses presque 110 000 abonnés. Lancé fin 2014 pour la campagne de l’élection présidentielle 2015, le compte du président du Nigeria publie textes, vidéos et photos de voyages officiels, comme lors de la médiation de la Communauté des États d’Afrique de l’Ouest en Gambie, en janvier dernier.

Il y a plus influent encore que Muhammadu Buhari sur Instagram : Uhuru Kenyatta, le président kényan. Avec ses 550 000 fidèles, il est le plus actif des chefs d’État africains sur le réseau social : en 95 semaines, Uhuru Kenyatta et son équipe ont publié à 4 475 reprises, soit entre six et sept fois par jour en moyenne depuis un peu moins de deux ans. C’est environ 18 fois plus que Paul Kagame sur la même période !

Quid de la relève ?

La relève est-elle assurée ? Plusieurs « filles et fils de » ont logiquement déjà pris de l’avance sur certains de leurs aînés. On ne sait si Isabel Dos Santos prendra un jour la tête de l’État angolais, mais elle compte d’ores et déjà plus de 79 000 supporteurs sur Instagram, où elle publie quelques-unes de ses rencontres, voire de ses photos de vacances avec son compagnon, l’homme d’affaires et collectionneur d’art congolais Sindika Dokolo.

La femme d’affaires est toutefois loin de pousser son activité sociale aussi loin dans l’exhibitionnisme qu’un autre enfant de chef d’État, Teodoro Nguema Obiang Mangue, dit Teodorín. Suivi lui aussi par près de 80 000 personnes, le compte du vice-président est une mine d’or. On l’y aperçoit jouant au golf virtuel, dans une piscine, assistant à un concert, prenant du bon temps sur une plage, ou encore essayant quelques bolides à deux ou quatre roues et visiblement tirés d’un film de Marvel.

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S’y glissent, tout de même, quelques clichés de vie politique, lorsqu’il est aux côtés de l’Ivoirien Alassane Ouattara ou d’Ali Bongo Ondimba. Futur chef d’État ou « fils de » exubérant ? À naviguer sur ce compte Instagram, on serait tenté de ne pas trancher.

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