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L’argent des Africains : Meité, comptable dans une ONG en Côte d’Ivoire – 595 euros par mois

Si Meité est aujourd'hui épanoui dans son travail, il ne se destine pas à rester comptable toute sa vie. © DR

Meité exerce le métier de comptable dans la ville de Bouaké. Âgé de 24 ans, il émarge à 595 euros par mois. Pour notre série d'articles sur l'argent des Africains, il a accepté de nous ouvrir son portefeuille. Portrait.

« Le marché du travail en Côte d’Ivoire est très difficile. Si on ne se débrouille pas par soi-même, c’est la galère ». Meité n’est pas homme à se laisser abattre. À 24 ans, il occupe depuis un peu moins d’un an un poste de comptable dans une ONG dans la ville de Bouaké. « Un travail très stressant, mais qui me permet de m’épanouir, assure t-il. Et puis je n’ai pas les fesses vissées sur une chaise cinq jours par semaine, je multiplie les déplacements, ce qui me permet de ne pas sombrer dans la monotonie ».

À l’autre bout du fil, Meité laisse apparaître un caractère vif et déterminé. Car déterminé, le jeune homme l’a toujours été.

Beaucoup d’enfants en Côte d’Ivoire sont livrés à eux-même

Originaire de la ville de Bouaké, il a passé son enfance entouré de ses parents et des ses frères et sœurs. Mais une fois le baccalauréat en poche, Meité pose ses valises à Abidjan pour s’inscrire à l’université. Dans la capitale économique du pays, il opte pour un BTS finances et comptabilité qu’il obtient deux ans plus tard. Une orientation qui ne rime pas forcément avec passion , mais qui lui permet d’inscrire un diplôme sur son CV. « Mes deux parents étaient instituteurs. Ils m’ont transmis dans leur éducation l’importance des études. Je réalise aujourd’hui que c’est une chance car beaucoup d’enfants en Côte d’Ivoire sont livrés à eux-même ».

Eau et électricité : 40 euros

Avec un salaire mensuel de 392 00 francs CFA, soit 595 euros – « cinq à six fois supérieur au SMIC national », précise t-il – le jeune homme n’est pas à la peine, financièrement. D’autant qu’il ne paie aucun loyer. « J’ai un oncle qui habitait dans le coin et qui m’a mis un studio à disposition. Mais j’éprouve quelque scrupule à être hébergé gratuitement. Du coup, je lui verse au moins 40 euros pour l’eau, l’électricité, histoire quand même de participer », confie t-il.

Transports : 39 euros

Pour se rendre à son travail, Meité enfourche sa mobylette, seul moyen pour lui de se déplacer comme il l’entend. « Il n’y a pas de transport dans la ville où j’habite. Alors ma mobilité est réduite à ma mobylette ». Ses charges pour le transport, le carburant et l’entretien représentent un budget de 39 euros par mois.

Fort d’une situation plutôt confortable, Meité « se fait plaisir ». Très souvent, le jeune homme se rend le week-end à Yamoussoukro, loge à l’hôtel, se promène, profite des restaurants… Un budget « loisir » qu’il englobe avec celui de la nourriture la semaine et qu’il évalue à 188 euros.

Épargne : 183 euros

Toutefois, si Meité est aujourd’hui épanoui dans son travail, il ne se destine pas à rester comptable toute sa vie. Parallèlement à son travail, il a décidé par exemple de s’inscrire dans une école d’ingénieurs pour 100 euros par mois. Le prix à payer pour s’armer d’un nouveau diplôme et ainsi espérer intégrer un nouveau corps de métier.

Pourquoi ne pas prendre un risque à la tête d’une entreprise ?

« J’approfondis mes connaissances, je souhaite diversifier mes compétences, on ne sait jamais ce qui peut arriver ». Un moyen pour lui aussi, à terme, de s’ouvrir de nouvelles perspectives. « À l’avenir, j’aimerais créer mon entreprise, ne pas être tributaire du marché du travail. J’épargne 183 euros par mois pour construire patiemment mon projet. J’ai eu la chance d’avoir une vie sans réelle difficulté, alors pourquoi ne pas prendre un risque à la tête d’une entreprise, faire preuve de courage? « Je me dis que si ça marche tant mieux, et si j’échoue, tant pis, c’est la vie ».

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Si vous souhaitez participer à notre série, écrivez nous à argentdesafricains@jeuneafrique.com

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