Maroc : quand une réunion publique de l’Istiqlal vire au pugilat

Abdelhamid "Hamid" Chabat, secrétaire général de l'Istiqlal. © Alexandre Dupeyron pour JA

Plus que jamais déchiré, le parti historique s'est donné en spectacle samedi lors d'une réunion publique à Rabat. Une bagarre entre les pro et les anti-Hamid Chabat a tourné au vandalisme.

Insultes, mobilier saccagé, chaises qui volent dans le ciel… La réunion des organisations parallèles du parti de l’Istiqlal (jeunesse, femmes, scouts…) qui s’est tenue le samedi 1er avril a tourné au pugilat. Du jamais vu chez le parti des grandes familles, de la bienséance et du consensus.

Bagarre familiale

Pro et anti-Chabat se sont confrontés ce jour-là sur fond de préparatifs du prochain Congrès national du parti, dont la date n’est toujours pas connue. Les anti-Chabat ont demandé au secrétaire général controversé de partir dans la dignité. Les partisans de ce dernier les ont accusés d’être à la solde « d’éléments perturbateurs ». S’en est suivi un bon quart d’heure de bagarre et d’actes de vandalisme, comme le montre cette vidéo postée sur la page Facebook du parti.

Qui a tapé sur qui ? On n’en sait rien. Ce qu’on sait, c’est que le jour même, l’aile pro-Chabat s’est empressée de publier un communiqué sur le site officiel du parti « dénonçant les agissements d’une bande criminelle composée d’individus portant des armes blanches et se réclamant de la ville de Laâyoune (la ville dirigée par Hamdi Ould Rachid, opposant à Chabat, ndlr ».

Initialement prévu fin mars, le Congrès national de l’Istiqlal a été reporté pour « des raisons logistiques », selon les organisateurs proches de Hamid Chabat. « Mais la raison principale de ce report est que ce dernier n’arrive plus à fédérer autour de lui. Il essaie de repousser la date du Congrès parce qu’il sait qu’il n’en sortira pas gagnant », rétorque Noureddine Mediane, président du groupe parlementaire du parti. Les plus importantes personnalités istiqlaliennes qui soutenaient jusqu’alors Chabat l’abandonnent l’une après l’autre. Il y a eu l’influent notable sahraoui, Hamdi Ould Rachid, ensuite le maître du Souss, Ali Kayouh, puis le parlementaire Noureddine Mediane… »Tous les rats sont en train d’abandonner le navire Chabat avant qu’il ne coule », se moque une source istiqlalienne.

À quand le Congrès national ?

Autour de celui qui incarne la débâcle du parti, il n’y a plus que les indéfectibles Abdellah Bekkali, Adil Benhamza et Abdelkder El Kihel qui continuent de clamer la bonne foi de leur « frère » contre vents et marrées. Mais le sort semble s’acharner contre ce dernier. Rejeté par les siens, honni par le pouvoir, il devra rencontrer les membres du comité exécutif de son parti, ce mardi 4 avril, au siège de l’Istiqlal à Rabat pour tenter encore une fois d’arrêter la date d’un Congrès qui incarne la profonde déchirure au sein de la maison istiqlalienne.

L’heure de Hamid Chabat semble s’approcher. Ses dissidents sont de plus en plus nombreux. Et « un digne héritier » de la famille El Fassi, qui règne sur le parti depuis sa création, est en train de fourbir ses armes pour prendre sa place : Nizar Baraka, actuel président du Conseil économique, social et environnemental (CESE).