Zambie vs CPI : quittera, quittera pas ?

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Damien Glez est dessinateur-éditorialiste franco-burkinabè

La CPI est fréquemment qualifiée de maillet négrophobe, instrument d’acharnement d'autant plus indécent qu'il serait la main faussement africanisée – par sa procureure – de l'Occident. © Glez

Entre posture et sincérité, les régimes africains s’insurgent régulièrement contre la Cour pénale internationale. La Zambie vient d’entrer prudemment dans la danse…

Madame Gbagbo vient d’être acquittée, dans une procédure judiciaire ivoirienne pour crime contre l’Humanité, alors que monsieur Gbagbo croupit toujours à la Haye pour des suspicions équivalentes, suite à la crise post-électorale ivoirienne qui a coûté la vie à plus de 3 000 personnes.

Faut-il y voir le signe ultime d’une justice internationale afrophobe ? Sur le continent africain, et même si les valeurs philosophiques de la Cour pénale internationale (CPI) ne sont guère rejetées, l’institution est fréquemment qualifiée de maillet négrophobe, instrument d’acharnement d’autant plus indécent qu’il serait la main faussement africanisée – par sa procureure – de l’Occident.

Le 15 mars dernier, les autorités sud-africaines, par la voix du vice-président Cyril Ramaphosa, affirmaient vouloir réchauffer une procédure de retrait de la CPI annulée précédemment par la Cour suprême, pour vice de forme.

Même l’Union africaine

En octobre dernier, c’est le pouvoir finissant du président Yahya Jammeh qui annonçait, par son ministre de la justice, que la Gambie s’apprêtait à renier son adhésion à la CPI. Position partagée par les présidents burundais et kényan. Il y a un an, la fronde se faisait même collective, quand l’Union africaine adoptait, à Addis-Abeba et sur proposition du président Uhuru Kenyatta, une résolution non contraignante appelant à un retrait global des pays africains de la CPI.

La semaine dernière, c’est le ministre zambien de la justice qui lançait une vaste campagne de consultations pour un éventuel retrait de la juridiction pénale « universelle ». D’ici le mois de mai, dans 30 provinces sur 130, des réunions publiques offriront à la population l’occasion de formuler des remarques orales et écrites. Les ressortissants des autres régions pourront intervenir à distance. Après compilation des contributions, la décision du gouvernement sera rendue publique lors du prochain sommet de l’Union africaine.

Posture populiste ou pas ? La démarche a l’avantage de souligner que les voix officielles n’ont pas toujours les tonalités populaires. Sur le continent, des acteurs de la société civile continuent de militer pour de nouvelles inculpations par la Cour pénale internationale. Il y a quelques jours, deux associations de la diaspora congolaise affirmaient avoir déposé, devant la CPI, « une plainte contre Joseph Kabila », présentée comme « recevable », en rapport avec les récentes exactions de l’armée dans le Kasaï et l’existence d’un charnier à Maluku.

Mais à la Cour haguenoise, le levier populaire n’est pas si opérationnel. Le bureau de la procureure Fatou Bensouda aurait juste accusé réception d’une « communication ». Seule la Cour peut décider d’engager des poursuites…