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Simone Gbagbo acquittée : « Ce procès nous laisse un goût amer vis-à vis des victimes »

Simone Gbagbo lors d'un rassemblement de soutien à Laurent Gbagbo, à proximité d'Abidjan, le 15 janvier 2011. © Rebecca Blackwell/AP/SIPA

Plusieurs associations parties civiles au procès ne cachent pas leur désarroi au lendemain de l'acquittement de Simone Gbagbo, qui était poursuivie pour crime contre l'Humanité et crime de guerre. Face à une justice ivoirienne jugée partiale, certaines organisations en appellent à la Cour pénale Internationale (CPI).

Au lendemain de l’acquittement de Simone Gbagbo, les réactions arrivent au compte-gouttes. Contacté par Jeune Afrique, le président de la Ligue Ivoirienne des Droits de l’Homme (Lidho), Pierre Adjoumani-Kouna, confie ne pas être surpris par la décision de la Cour d’assises d’Abidjan. Avant le procès, la Ligue s’était constituée partie civile. Mais quelques jours avant, ses avocats, comme ceux de la FIDH, avaient renoncé à y participer, dénonçant « l’organisation (du) procès à la va-vite ».

« Nos avocats n’ont pas eu accès tous les documents et nous craignions que la décision nous soit défavorable. Ce procès nous laisse un goût amer vis-à vis des victimes et il est le reflet d’une justice ivoirienne totalement aux abois », s’insurge t-il.

Elle aussi partie civile lors du procès, la Fédération internationales des ligues des droits de l’Homme (FIDH) s’est fendue d’un communiqué du même acabit. « Comme nous le craignions et l’avions annoncé, ce procès a été un véritable fiasco tant sur la forme, avec de nombreuses irrégularités, que sur le fond, avec un dossier et des débats qui n’ont malheureusement pas permis d’établir la responsabilité individuelle de l’ancienne première dame dans les crimes commis pendant la crise post-électorale. Cet échec doit constituer un électrochoc et conduire la justice ivoirienne à organiser enfin les procès cohérents et solides attendus par les milliers de victimes de la crise post électorale et par la société ivoirienne dans son ensemble », écrit le président de la FIDH, Dimitris Christopoulos.

La veille, au terme du procès, le président de l’un des collectifs de victimes de la crise post-électorale, Issiaka Diaby, avait laissé éclater son désarroi. « Les victimes sont attristées, notre confiance envers la justice ivoirienne est entamée », a t-il réagi auprès de Jeune Afrique

Côté Gabgbo en revanche, on ne cache pas sa satisfaction. L’un des avocats de Simone Gbagbo, Ange Rodrigue Dadjé, a salué mercredi 29 mars « le courage des magistrats de la Cour d’assises et des jurés, qui ont prononcé une décision historique dans un environnement où le politique fait souvent pression sur le judiciaire ». Tout en taclant à son tour la justice ivoirienne dans ce dossier. « Ce procès a été bâclé depuis l’instruction, car la justice n’a jamais voulu entendre les vrais acteurs, notamment certains responsables politiques actuellement aux affaires aujourd’hui »

Le Front populaire ivoirien (FPI), le parti créé par l’ex-président Laurent Gbagbo, s’est lui aussi félicité de cette décision, l’interprétant comme « une volonté d’aller à la réconciliation ». »Nous souhaitons et attendons que les autres prisonniers politiques – 150 au total – soient remis en liberté », a déclaré à l’AFP son chef Pascal Affi N’Guessan, dirigeant du FPI.

Appel à la CPI

Ce mardi 28 mars, en effet, contre toute attente, Simone Gbagbo a été acquittée par la Cour d’assises d’Abidjan, alors qu’elle était poursuivie pour crime contre l’Humanité et crime de guerre. Un verdict d’autant plus surprenant que le procureur avait requis à son encontre la prison à vie.

L’acquittement de Simone Gbagbo « démontre les nombreuses irrégularités qui ont entaché le procès et laisse de graves questions sans réponse concernant son rôle présumé dans les crimes brutaux perpétrés pendant la crise post-électorale de 2010-2011 », pour Param-Preet Singh, directrice adjointe du Programme justice internationale chez Human Rights Watch.

Dans un communiqué publié ce mercredi 29 mars, elle pointe une « enquête peu approfondie » et les « preuves ténues » présentées lors du procès de l’ex-première dame comme des éléments qui « soulignent l’importance de l’affaire en cours contre Simone Gbagbo à la CPI pour des crimes similaires ».

Et elle n’est pas la seule à mentionner la Cour pénale internationale, au lendemain d’un procès dont le verdict en a surpris plus d’un.

« Nous demandons l’exécution du mandat d’arrêt émis par la CPI à l’encontre de Simone Gbagbo », abonde Issiaka Diaby , quelques minutes après l’acquittement.

Les magistrats de la CPI sont actuellement en train de juger le mari de Simone Gbagbo, Laurent Gbagbo, qui comparaît lui aussi pour crime contre l’Humanité. Il faut néanmoins rappeler ici que la Côte d’Ivoire a toujours refusé de livrer Simone Gbagbo à la CPI.

Les parties ont 60 jours pour introduire un pourvoi contre la décision rendue ce mardi. Devant la presse, le procureur général Ali Yéo a affirmé qu’il se prononcerait prochainement quant à un éventuel pourvoi.

Implication présumée

Simone Gbagbo, 67 ans, est jugée depuis le 31 mai 2016 pour son implication présumée dans des tirs d’obus sur le marché d’Abobo, un quartier d’Abidjan favorable à Alassane Ouattara − rival de son mari Laurent Gbagbo à la présidentielle de novembre 2010 − et sa participation présumée à une cellule qui organisait des attaques menées par des milices et des militaires proches du régime.

Ces crimes ont été commis après le refus de Laurent Gbagbo de reconnaître la victoire électorale d’Alassane Ouattara, pendant une crise qui a fait plus de 3 000 morts en cinq mois dans le pays.

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