Inde : cinq arrestations après de violentes agressions contre des Africains

Par Jeune Afrique avec AFP

Une Africaine passe son chemin sous le regard d'Indiens à New Delhi en 2016. © Saurabh Das/AP/SIPA

Un nombre indéterminé de ressortissants africains ont été pris pour cible lundi 27 mars à Greater Noida, ville-satellite de New Delhi. Le point de départ des violences : le décès d'un Indien de 16 ans des suites d'une overdose. Selon une rumeur qui s'est vite propagée, des Africains, qui pâtissent en Inde d'une image tenace de trafiquants de drogue, auraient été à l'origine de cette mort.

Les investigations promises par la ministre des Affaires Étrangères, Sushma Swaraj, au sujet de l’agression de ressortissants africains, ont accouché de premiers résultats. « Cinq assaillants ont été arrêtés et quatre autres sont en fuite », a indiqué à l’AFP Sujata Singh, une responsable de la police locale, ajoutant que l’émeute avait impliqué 300 personnes. Une dizaine de personnes ont été blessées lors de ces violences.

Lundi 27 mars, des Africains ont été pris pour cible à Greater Noida, ville-satellite de New Delhi. Les violences ont éclaté lorsque la police a relâché, faute de preuves, cinq étudiants africains arrêtés dans le cadre de l’enquête sur le décès dimanche d’un adolescent, âgé de 16 ans. Celui-ci serait décédé des suites d’une overdose. S’est ensuite répandue la rumeur selon laquelle des Africains en auraient été à l’origine. « Il y a eu des rumeurs attribuant aux Africains la mort du jeune », a déclaré Mme Singh, estimant que les violences « semblent avoir des motivations raciales« .

« Nous avons appelé à l’aide, mais personne n’est venu »

Sur des vidéos brutales diffusées sur les réseaux sociaux, on aperçoit plusieurs dizaines de personnes rouant de coups un jeune Africain avec des chaises métalliques dans un centre commercial. Une télévision montrait aussi des hommes armés de bâtons s’attaquant à une voiture.

Selon les autorités, les troubles ont précisément éclaté quand un groupe de Nigérians a été aperçu par des participants à une veillée aux chandelles pour le jeune décédé.

« Nous avons appelé à l’aide, mais personne n’est venu, pas même les gardes de sécurité », raconte un témoin. »Des gens nous frappaient, nous poussaient (…) Ils ont tiré mon frère et ont commencé à le battre ».

« Les locaux nous regardent comme des cannibales »

Les Africains qui vivent en Inde sont souvent l’objet de vexations voire de violences racistes et fréquemment accusés de participer au trafic de drogue.

L’an dernier, un jeune Congolais avait été tué à coup de pierres et de briques à New Delhi après une querelle au sujet d’une course en rickshaw (petit taxi). Les ambassadeurs de pays africains en poste à New Delhi avaient alors menacé de conseiller à leurs ressortissants étudiants d’éviter les écoles de la capitale pour leur propre sécurité.

L’association des étudiants africains en Inde les a appelés à ne pas se rendre en cours et à rester chez eux pour des raisons de sécurité. « Les locaux nous regardent comme des cannibales », estime Presidoe Okujuna, porte-parole de l’association. « Hier j’ai hélé un rickshaw et le chauffeur a refusé de nous prendre, nous regardant comme si nous allions le dévorer », dit-il pour illustrer le racisme et les stéréotypes quotidiens auxquels sa communauté est confrontée.

Quelque 30 000 Africains vivent dans la capitale indienne.