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Pour Wole Soyinka, les États-Unis de Trump ressemblent au Nigeria de 1983

Par Jeune Afrique avec AFP

Wole Soyinka à Lagos le 9 novembre 2012. © Sunday Alamba/AP/SIPA

Dans un entretien accordé à l'AFP, le prix Nobel de littérature nigérian affirme que le président américain Donald Trump a exploité la "xénophobie latente" pour accéder à la Maison Blanche. Ce qui n'est pas sans lui rappeler un épisode de l'Histoire récente du Nigeria.

Donald Trump est « arrivé au pouvoir grâce aux a priori des autres, il a surfé sur la vague de xénophobie latente qui existe dans toutes les sociétés, y compris la mienne », explique l’auteur et poète de 82 ans, qui a rendu sa carte verte − le permis de résidence américain − après la victoire du républicain à la présidentielle.

« Lorsque je vois ce genre de conduite pour accéder au  pouvoir, je suis révolté », ajoute-t-il. Puis, mentionnant la campagne électorale : « Pour moi, il a été très difficile de voir des centaines de milliers de personnes véritablement applaudir lorsque Trump évoquait ces sentiments. »

« Je suis contre la construction de murs, particulièrement dans les esprits des gens », poursuit-il. « Je n’ai jamais caché mes opinions sur ce sujet, que ce soit au Nigeria ou ailleurs. »

Flashback en 1983 

Au Nigéria justement, un événement a particulièrement marqué Wole Soyinka, et lui rappelle le climat anxiogène actuel.

En 1983, frappé par une sévère chute des cours du pétrole, le gouvernement nigérian « a décidé d’expulser les étrangers pour cacher ses problèmes », rappelle-t-il. Quelque deux millions d’étrangers en situation irrégulière, surtout venus du Ghana voisin, avaient été sommés de quitter le Nigeria en quelques semaines.

« On voyait des cohortes de réfugiés qui embarquaient dans des camions bringuebalants pour retourner dans leur pays », se souvient l’écrivain. C’est depuis cet épisode que le sac utilisé par tous les migrants africains est désormais appelé le sac « Ghana must Go » (« le Ghana doit partir »), rappelle-t-il.

Le « séjour médical » de Buhari

Enfin, au cours de cet entretien fleuve donné à l’AFP, l’écrivain nigérian aborde un sujet d’actualité au Nigeria : la santé du président Muhammadu Buhari, 74 ans, récemment rentré d’un « séjour médical » de deux mois en Grande-Bretagne.

« Il est malade, il n’y a aucun doute là-dessus, et j’aimerais quand même que, par respect pour le peuple, les gens qui sont à des postes à responsabilité soient honnêtes à ce sujet », regrette Wole Soyinka.

« La maladie fait partie de notre existence… Je ne comprends pas pourquoi Buhari et son entourage font tant de mystère à ce sujet »ajoute-t-il.