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Procès des disparus du Novotel : selon un témoin, le commando détenait une liste de personnes recherchées

L'ancien commandant de l'ex-garde républicaine, Brunot Dogbo Blé, le 21 février 2017 au tribunal de Yopougon. © Jeune Afrique

Le procès des disparus du Novotel s'est poursuivi ce jeudi à Abidjan avec l'audition de plusieurs témoins. L'un d'entre eux a affirmé que le commando était arrivé au Novotel avec une liste de personnes recherchées.

Les dépositions des témoins se sont poursuivies jeudi 23 mars pour tenter de reconstituer le déroulé de cette macabre journée du 4 avril 2011. Ce jour-là, au plus fort de la crise post-électorale, un commando avait fait irruption au Novotel d’Abidjan, enlevant quatre expatriés : Stéphane Frantz Di Rippel, alors directeur de l’hôtel, Yves Lambelin, directeur général du géant ivoirien Sifca et ses collaborateurs béninois Raoul Adeossi et malaisien Chelliah Pandian.

Selon l’enquête, les quatre hommes avaient été emmenés au palais présidentiel, où ils avaient été torturés puis tués. Leurs corps auraient ensuite été jetés dans la lagune Ebrié, où ont été retrouvés les restes de Yves Lambelin, seul corps identifié, près de six ans après les faits.

Une liste de « quatre à cinq noms »

Appelé à la barre jeudi, N’Guessan Assi, assistant en chef à la réception du Novotel ce 4 avril 2011, a livré son récit du rapt. « Des gens armés sont entrés, ils nous ont dit qu’ils cherchaient des snipers », a affirmé l’employé, précisant quelques instants plus tard que les membres du commando avaient brandi une liste de quatre à cinq personnes recherchées.

Des noms parmi lesquels ne figurait pas celui d’Yves Lambelin, a expliqué le témoin, sans pour autant se rappeler l’identité des personnes visées.

« Ils sont sortis avec les quatre par la grande porte »

« Je leur ai donné la liste des clients de l’hôtel et je leur ai dit que les personnes sur leur liste n’étaient pas logées au Novotel, mais ils ont demandé à voir le directeur. Ils nous menaçaient. […] On a pris l’ascenseur pour aller au septième étage, où le directeur était logé. Ils ont fouillé sa chambre », a témoigné N’Guessan Assi.

Ce dernier a ensuite raconté la fouille de la chambre d’Yves Lambelin, regroupé avec ses deux collaborateurs au même étage que Stéphane Frantz Di Rippel. Selon lui, les membres du commando auraient également emporté l’ordinateur portable de l’ancien directeur de Sifca, Yves Lambelin.

« Ensuite, on est descendus et on a vraiment eu peur. On (le personnel de l’hôtel, NDLR) s’est couché par terre à leur demande et ils sont sortis avec les quatre par la grande porte. On est resté dans le hall de l’hôtel, choqués », a poursuivi le témoin, avant d’être interrogé par les avocats de la défense et des parties civiles sur la liste brandie par le commando.

Les accusés nient toujours

« Pouvez-vous supposer que les ravisseurs, n’ayant pas trouvé les personnes recherchées, ont opportunément emmené d’autres personnes ? », lui a ainsi demandé Me Charles Konan, avocat des ayants droit d’Yves Lambelin. « Peut-être, c’est possible », a répondu N’Guessan Assi, avant de laisser place à d’autres témoins.

Comme lors des auditions précédentes, les principaux accusés ont continué de nier les charges pesant à leur encontre. « Je n’ai jamais donné d’ordre », a ainsi répété le colonel Léopold Mody Ohoukou, mis en cause aux côtés de neuf autres prévenus.

Même défense pour l’ex-général Dogbo Blé, interrogé sur la patrouille de son ancien garde de camp aux abords du Novotel le 4 avril 2011. « Je ne me souviens pas, je ne me souviens pas », a martelé l’ancien commandant de la garde républicaine.

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