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"Cet article est issu du dossier" «Agriculture : l'Afrique tire son épingle du jeu»

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La start-up africaine de la semaine : Hello Tractor, le Uber des agriculteurs nigérians

Un des tracteurs intelligents commercialisés par la start-up Hello Tractor © DR

En 2007, il y avait moins de 25 000 tracteurs au Nigeria, selon les données de la Banque mondiale. Pour combler ce manque et accélérer la production agricole du pays, un entrepreneur américain a créé une start-up qui vend des tracteurs « intelligents ». Leur particularité ? Grâce à un système de géolocalisation, leurs propriétaires peuvent les louer aux agriculteurs qui en ont besoin.

Au Nigeria, les gouvernants successifs n’ont juré que par l’or noir pendant des décennies. Mais la chute des cours du brut les incite aujourd’hui à revenir à l’agriculture, à l’instar du Gabon ou d’autres pays africains en quête de diversification. Seul problème : comme sur l’ensemble du continent, l’agriculture nigériane souffre cruellement d’un manque de mécanisation.

C’est précisément là qu’intervient Hello Tractor. Fondée en 2011, cette start-up a conçu un petit tracteur doté d’une antenne GPS, qui permet de le localiser en temps réel. L’idée est de pouvoir mettre en relation les propriétaires de ce type d’engin avec des agriculteurs qui ont besoin d’un tracteur. Pour cela, ils doivent envoyer un SMS à la société, qui se charge ensuite de trouver le propriétaire de machine le plus proche. Une application a également été conçue afin de faciliter les transactions.

Un tracteur pour les petites exploitations

« Nous sommes une sorte de Uber des agriculteurs », plaisante Jehiel Oliver, le fondateur de Hello Tractor, qui affirme en avoir vendu plusieurs centaines dans le courant de l’année 2016. « Pour le moment, les ventes sont exclusivement concentrées au Nigeria, dans la zone du Middle Belt, au centre du pays, et les régions du nord », explique-t-il.

Cet Américain de 35 ans a mis un an et demi pour concevoir son tracteur « intelligent ». Avec ses deux petites roues et son moteur de quinze chevaux, il fait pâle figure par rapport à ceux que l’on aperçoit habituellement dans les champs aux États-Unis. « Évidemment, il ne vous permettra pas de défricher et d’ensemencer d’immenses terres vierges, concède Jehiel. Mais il convient parfaitement pour de petites exploitations, ce qui est le cas de l’immense majorité des agriculteurs nigérians. »

Pour le moment, les tracteurs sont assemblés au Nigeria avec des pièces qui viennent de Chine. « On aimerait bien les produire en Afrique. Mais force est de constater que c’est impossible pour le moment, regrette-t-il. Peut-être dans dix ans ? »

Des partenariats avec des banques

Reste que son prix d’environ 4 000 euros − et qui augmente suivant les accessoires ajoutés −, le met hors de portée de la plupart des bourses. D’autant que les banques rechignent le plus souvent à prêter de l’argent aux agriculteurs.

Jehiel a donc tenté de contourner cet obstacle en nouant des partenariats avec des banques, afin de proposer des prêts à taux réduits. Le prix d’achat du tracteur peut aussi être amorti par les gains réalisés en louant l’engin. Difficile de connaître le coût de location car celui-ci varie suivant les régions, mais il équivaut selon Jehiel à « la moitié du coût du travail manuel ».

En entrepreneur averti, Jehiel refuse de commenter le nombre exact de ventes de tracteurs ou le chiffre d’affaires de l’entreprise. Avant de mettre les pieds à Abuja, la capitale du Nigeria, il offrait ses services comme analyste dans une banque d’investissements à Atlanta, aux États-Unis. Un travail très bien payé, qu’il a poursuivi pendant cinq ans, avant de vouloir se lancer « dans quelque chose qui offrirait davantage de sens », affirme-t-il.  

300 tracteurs vendus au Nigeria

En 2011, avec 60 000 dollars d’économies, il lance sa start-up au Nigeria, dont il perçoit très vite « l’énorme potentiel économique », dit-il. Son idée intéresse l’USaidl’Agence des États-Unis pour le développement international, avec qui il noue un partenariat dans le cadre d’un projet de 2 millions de dollars destiné à moderniser l’agriculture nigériane.

Un soutien qui a permis à Hello Tractor de vendre au moins 300 tracteurs dans le pays et de faire connaître la marque. Ainsi, Jehiel a eu l’opportunité de rencontrer le président Barack Obama lors du Sommet mondial de l’entrepreneuriat en 2016.

Six ans après sa création, Hello Tractor compte désormais 18 employés, dont trois à Washington, aux États-Unis. Pour la suite, son fondateur envisage de se développer dans d’autres pays du continent. « On prospecte en ce moment au Sénégal, mais il n’y a encore rien de concret », affirme-t-il.

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