Monde arabe : un jeune sur cinq veut émigrer

Par Jeune Afrique avec AFP

Un demandeur d'asile regarde un match de football, à Milan, le 18 mars 2017. © Antonio Calanni/AP/SIPA

En moyenne, 20% des jeunes vivant dans les pays arabes du pourtour méditerranéen veulent émigrer. Ce taux monte à plus de 50% en Tunisie, selon une enquête auprès de 10 000 jeunes rendue publique jeudi en Espagne.

« Un jeune sur cinq dans les pays arabes analysés veut émigrer. Une proportion qui atteint les 53% dans le cas de la Tunisie », souligne dans un communiqué diffusé jeudi 23 mars le Centre des affaires internationales de Barcelone (CIDOB), en Espagne.

Cette fondation a coordonné une étude basée sur les témoignages de près de 10 000 jeunes vivant en Algérie, en Égypte, au Liban, au Maroc et en Tunisie. Le projet Sahwa (« éveil », en arabe) a été mené entre 2014 et 2016 dans chacun de ces cinq pays, en réponse à une commande de la Commission européenne.

Un sentiment de frustration

Elle fait apparaître que six ans après le printemps arabe, « la principale motivation qui pousse ces jeunes à vouloir partir est, une fois de plus économique : trouver un emploi digne et de meilleures conditions de vie ».

Ses résultats reflètent un « sentiment général de frustration et d’exclusion sociale » chez les jeunes, selon la fondation. Les quatre principaux problèmes identifiés au travers des 10 000 entretiens menés sont le niveau de vie (28%), la situation économique (22%), l’emploi (12%) et le système éducatif (10%).

Le taux de chômage des jeunes dans ces pays est d’environ 30% en 2014, alors que la moyenne mondiale est de 13%, selon l’Organisation internationale du travail. Difficile dans ces conditions de pousser « la porte de l’autonomie et de l’âge adulte », écrit le Cidob dans son communiqué.

L’université renforce le désir d’immigrer.

« Contrairement à ce qu’on pouvait attendre, plus le niveau d’éducation est important, plus le désir d’émigrer est renforcé », assure le communiqué.

Un fort taux d’abstention aux élections

Pour Nacer Eddine Hammouda, l’un des experts ayant réalisé l’étude en Algérie, « ce qui est remarquable, c’est que le fait d’arriver à l’université renforce le désir d’émigrer ». « Le jeune pense qu’il peut valoriser ses compétences dans un pays plus développé économiquement et qu’elles seront gâchées s’il reste », explique ce statisticien économiste au Centre de recherche en économie appliquée pour le développement (Cread).

Le projet Sahwa montre aussi que « les jeunes ne se sentent pas identifiés à leurs institutions, dont ils considèrent qu’elles ne représentent qu’une élite ». Selon l’enquête, « près de 60% des jeunes en âge de voter ne l’ont pas fait aux dernières élections, principalement par manque d’intérêt (44,5%) ».

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