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Quand Paris était le coeur battant de l’anticolonialisme

Couverture de l'ouvrage de Michael Goebel, Paris, capitale du tiers monde – Comment est née la révolution anticoloniale (1919-1939). © DR.

Un ouvrage revient sur une période trop peu connue de l'histoire de la France et de la lutte anticoloniale. Au début du vingtième siècle, les leaders du combat anti-impérialiste se coordonnaient depuis la capitale française. Ils ont influencé les pays qu'ils voulaient libérer, mais aussi la république coloniale.

C’est une aventure humaine et politique que narre l’historien allemand Michael Goebel dans « Paris, capitale du tiers monde – Comment est née la révolution anticoloniale (1919-1939) ».

Le livre se penche sur une époque où l’on peut croiser, dans les rues de la capitale française, Hô Chi Minh, appelé à devenir le dirigeant du Viêt Nam, le révolutionnaire algérien Messali Hadj, Léopold Sédar Senghor, qui n’est pas encore président du Sénégal ou encore Zhou Enlai, futur Premier ministre chinois.

Paris est alors, « le carrefour du monde ». Et pour cause : c’est un épicentre de l’empire colonial français. Et c’est justement là que le vaste mouvement de rejet de la colonisation va se cristalliser et dessiner son devenir.

Des portraits de militants

Les mobilisations se suivent et rassemblent systématiquement les représentants des différentes communautés. Ainsi, en 1925, c’est un communiste algérien, Hadj Ali, qui pousse la gauche radicale française à lancer une campagne de solidarité avec le rebelle marocain Abdelkrim. Hadj Ali, qui voyageait dans toute la France pour des meetings de soutien aux ouvriers algériens avait découvert que ces derniers ne juraient que par le révolutionnaire rifain, conservant précieusement des photos de lui dans leurs poches. Le militant maghrébin peut compter sur le soutien de ses nombreux camarades vietnamiens dans son combat.

Paris, d’ailleurs, ne s’insurge pas contre les seules actions coloniales françaises. La ville est le principal centre de mobilisation mondial contre l’invasion de l’Éthiopie par l’Italie fasciste en 1935. Les révolutionnaires italiens installés là et qui ont fui le régime de Mussolini tendent sans hésiter la main à Lamine Senghor, communiste sénégalais, infatigable militant autodidacte.

Si l’ouvrage de Goebel est parfois analytique, les portraits de militants qui se dessinent en filigrane lui offrent une dimension exaltante. Lamine Senghor, l’ancien combattant de l’armée française, marié à une Française blanche – ce qui ne va pas sans poser de nombreuses questions de racisme tant dans sa communauté que dans celle de son épouse – et qui joue les agents doubles, laissant croire aux services secrets français qu’il leur est dévoué, est un exemple parmi d’autres.

Des migrations qui impactent l’histoire

Goebel, enfin, tire des conclusions éclairantes. Il met en lumière un fait qui résonne aujourd’hui : les migrations sont un moteur de l’histoire. En effet, ces dernières impactent durablement et profondément l’histoire politique du continent africain, mais aussi de la France. C’est à Paris que les activistes anticolonialistes décident de ne pas se départir de la francophonie pour mener leur combat. En effet, c’est aussi l’usage du français qui leur permet de se solidariser entre asiatiques, maghrébins et africains subsahariens et de gagner des cœurs dans la population française blanche.

Et leur action a des répercussions très directes sur la vie politique hexagonale. Ce sont par exemple les « coloniaux » qui accélèrent la création du Parti communiste français entre 1920 et 1921. En effet, une des principales mésententes entre la direction de la SFIO, ancêtre du Parti socialiste, et son aile gauche, appelée à devenir le Parti communiste et dans laquelle militent de nombreux immigrés, reste l’exigence bolchevique de soutenir sans conditions les luttes anticoloniales. Hô Chi Minh et d’autres poussent ainsi la gauche de la SFIO à rompre afin de pouvoir enfin pleinement assumer le combat contre l’impérialisme.

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