Tunisie : la société civile appelle à libérer le syndicaliste Walid Zarrouk et dénonce des atteintes à la liberté d’expression

Par Jeune Afrique

Le palais de justice à Tunis. © Noomen9/Wikimedia Commons

Walid Zarrouk, un ancien officier pénitentiaire, membre du syndicat de la police républicaine, est incarcéré depuis plusieurs mois pour « diffamation » envers des responsables gouvernementaux tunisiens. À l’occasion de l’examen, prévu le 22 mars, de l’appel de l'une de ses condamnations, la société civile se mobilise au nom de la liberté d’expression.

Condamné dans trois affaires – le 23 novembre 2016 et le 7 février 2017 – pour des propos tenus auprès des médias et sur les réseaux sociaux, Walid Zarrouk est en prison depuis plus de huit mois maintenant.

En cause, rappelle l’ONG Human Rights Watch, qui s’est procuré les jugements rendus : une interview télévisée au cours de laquelle il avait qualifié les autorités judiciaires tunisiennes de « stupides » (un an de prison « parce que l’accusé a délibérément porté atteinte à la réputation de l’institution judiciaire lors d’une émission de télévision à une heure de grande écoute »), des messages Facebook critiquant un juge d’instruction et un porte-parole judiciaire (un an de prison pour diffamation et offense au chef de l’unité antiterroriste de la Garde nationale, ainsi qu’au procureur et au juge de l’unité), et des accusations à l’encontre de l’ancien ministre de l’Intérieur, Lotfi Ben Jeddou (huit mois de prison pour l’avoir accusé de dissimuler des informations sur la prétendue implication de partis politiques dans des réseaux terroristes).

Une aberration dans un pays qui se dit en transition démocratique, décrient ses proches et plusieurs militants des droits de l’Homme.

« Urgence » de réformer les lois

Dans un communiqué publié le 21 mars, Human Rights Watch appelle à des amendements législatifs pour cesser « les poursuites et condamnations pour discours non violents » et dénonce des pratiques contraires aux droits de l’Homme.

« Six ans après que les Tunisiens ont mis fin au pouvoir autoritaire de Zine el-Abidine Ben Ali, procureurs et tribunaux continuent d’emprisonner des citoyens parce qu’ils exercent leur droit à la liberté d’expression », souligne Amna Guellali, directrice de bureau de Tunis.

« Le Parlement tunisien devrait réformer d’urgence toutes les lois prévoyant des peines d’emprisonnement pour des infractions telles que la diffamation et les offenses aux institutions de l’État », selon l’organisation, qui précise que depuis décembre 2011, « au moins 16 personnes » (rappeurs, artistes, journalistes, blogueur, ancien conseiller du Président de la République, etc.) ont été poursuivies pour des propos jugés diffamatoires à l’encontre de membres ou d’institutions de l’État tunisien, ou « susceptibles de troubler l’ordre public ».

L’organisation tunisienne de la sécurité et du citoyen (OTSC), dont le président, Issam Dardouri, a été libéré le 4 mars après quatre mois de prison pour « diffamation et préjudice porté à autrui », a appelé les militants nationaux et internationaux à se réunir le 22 mars pour un sit-in devant le palais de justice à Tunis.

Issam Dardouri devait également comparaître à nouveau devant le tribunal ce jour-là suite à une autre plainte déposée par un cadre sécuritaire pour le même motif, a fait savoir l’agence TAP.

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