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L’argent des Africains : Molende, secrétaire, enseignant et étudiant en RDC – 143 euros par mois

"Pour trouver un bon travail, les étudiants congolais sont obligés de cumuler les diplômes", estime Molende. © DR

Molende a 27 ans. Il travaille comme secrétaire et enseignant dans une école privée de Kinshasa. Pour ce nouveau numéro de notre série l’argent des Africains, il a accepté de nous ouvrir son portefeuille.

Pour Molende, le réveil sonne tous les matins à 5h30. Après s’être rapidement préparé, il file vers une école privée de la capitale congolaise, où il assure pendant quelques heures le secrétariat. Puis il enchaîne, au même endroit, en donnant des cours de géographie française. À peine a-t-il le temps de déjeuner qu’il repart pour l’Université Pédagogique Nationale dans la commune de Ngaliema, afin d’y suivre son cursus de deuxième cycle (l’équivalent d’un master 2) en sciences de l’information et de la communication. Et comme si cela ne suffisait pas, il clôt sa journée avec une formation en réseau informatique. Il est alors 19h30.

Coût des études : 66 euros

« En RDC, les jeunes n’ont pas le choix, affirme Molende. Pour trouver un bon travail, nous sommes obligés de cumuler les diplômes. » Lui-même a fait l’expérience du chômage pendant trois ans. Pour sortir de ce cercle vicieux, le jeune homme – dont le nom signifie « persévérant » en français – décide en 2011 de reprendre ses études. Mais comment les financer ? « Mon père a été licencié en 2009, et depuis il n’a pas retrouvé d’emploi, explique-t-il. Mes parents ne pouvaient pas m’aider. » Il choisit alors de passer les concours pour devenir enseignant, « le seul secteur où l’on est sûr de trouver du boulot ».

Ses différentes activités professionnelles lui rapportent aujourd’hui environ 150 000 francs congolais, soit 143 euros. De quoi financer ses études, qui lui coûtent chaque mois 66 euros, les petites dépenses du quotidien (crédit de téléphone, transports, vêtements… qui lui reviennent à 27 euros) et quelques loisirs pour environ 37 euros.

« J’adore la musique classique, notamment Bach et Beethoven, affirme Molende. Dès qu’il y a un concert à Kinshasa, je fonce prendre un billet. » Lui-même a derrière lui plusieurs années de solfège et pratique assidûment la flûte à bec. « J’aurais aimé en vivre. Mais force est de constater qu’il n’y a pas de pognon dans la musique classique », regrette-t-il.

En littérature aussi, Molende s’avère incoercible. Ses goûts sont éclectiques : Shakespeare, Agatha Christie, les contes des frères Grimm ou, plus inattendu, Les malheurs de Sophie. « J’aime m’identifier aux personnages et laisser libre cours à mon imagination », explique-t-il. Il écrit aussi à l’occasion des vers, le seul moyen à ses yeux « d’exprimer les désirs les plus profonds au fond de nous ».

Obole : 13 euros

Autre domaine essentiel pour Molende : la religion. Il s’est investi dans l’église néo-apostolique, une communauté religieuse très présente en RDC. À tel point qu’il a choisi de devenir prêtre en 2009 afin « d’emmener le peuple de Dieu dans la connaissance suprême de l’existence de l’Être supérieure ». Tous les mercredis à 6h du matin et les dimanches, le jeune homme s’occupe de ses ouailles, à qui il diffuse la parole de l’Évangile. En « fervent chrétien », il ne manque pas non plus de verser chaque mois une obole de 13 euros à son église. « C’est une recommandation biblique », dit-il.

Sensible aux arts et à la spiritualité, Molende n’oublie pas ses ambitions professionnelles. D’ici quelques mois, il obtiendra son diplôme et poursuivra sans doute jusqu’au doctorat. Ensuite, il sera temps de quitter le nid familial et de travailler comme communicant dans une entreprise, une ONG ou l’administration publique. « À terme, j’aimerais fonder ma propre agence de communication ainsi qu’une entreprise de services de ménage. Car les sous-traitants gagnent beaucoup d’argent en RDC », affirme-t-il. Un avenir prometteur qu’il n’envisage pas sans une étape essentielle à ses yeux : se marier !

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Si vous souhaitez participer à notre série, écrivez nous à argentdesafricains@jeuneafrique.com

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