Nigeria : les autorités interpellées après les « attaques » visant le bureau d’Amnesty International

Par Jeune Afrique avec AFP

Des forces de l'ordre nigérianes dans les rues de la capitale Abuja, en février 2015. © Olamikan Gbemiga/AP/SIPA

Une des principales organisations des droits de l'Homme au Nigeria a demandé ce mardi aux autorités d'ouvrir une enquête, après des "attaques" visant le bureau d'Amnesty International à Abuja ces derniers jours. Quelques semaines auparavant, l'armée nigériane avait récemment accusé Amnesty de vouloir déstabiliser le pays.

Lundi 20 mars, « un groupe de manifestants a barricadé le bureau d’Amnesty International et demandé à l’organisation internationale de quitter le Nigeria dans les 24 heures », s’indigne dans un communiqué le Socio-Economic Rights and Accountability Project (Serap).

Dans ce document, le Serap demande au président Muhammadu Buhari « une enquête approfondie sur les attaques apparemment sponsorisées et coordonnées contre le bureau d’Amnesty International au Nigeria et de garantir la sécurité de son personnel ».

L’ire des autorités

L’ONG nigériane exige par ailleurs du gouvernement nigérian qu’il « nomme et dénonce publiquement les commanditaires, et [qu’il] les traduise en justice » afin « d’envoyer un message fort de protection et de soutien à la société civile ».

« Certains n’apprécient peut-être pas certaines choses qu’Amnesty International a dites, mais cela ne justifie en aucune façon ce genre d’attaque collective contre son bureau et ses employés », poursuit le Serap.

Ces derniers mois, Amnesty a dénoncé à plusieurs reprises les exactions contre des civils commises par les forces de sécurité nigérianes, déclenchant l’ire des autorités qui ont nié en bloc les accusations. Selon l’ONG, l’armée a tué délibérément 350 musulmans d’une minorité chiite fin 2015 dans le nord du pays, avant d’enterrer leurs corps dans des fosses communes.

En juin 2016, Amnesty a dénoncé en outre l’exécution par les forces de l’ordre de militants indépendantistes non armés, avant et pendant une manifestation marquant l’anniversaire du début de la guerre du Biafra (sud).

Abuja dénonce une « ingérence »

Fin février, le ministère de la Défense nigérian avait accusé dans un communiqué Amnesty de « s’ingérer dans la politique locale et de prendre parti pour des terroristes et d’autres groupes belligérants afin de provoquer des désordres internes », demandant à l’ONG « de renoncer à se mêler des questions de sécurité dans notre pays, ce qui nuit à l’intérêt national, à la cohésion et à l’unité ».

L’armée avait finalement annoncé début mars l’ouverture d’une enquête sur certaines allégations, concernant notamment des cas d’ « exécutions extrajudiciaires, arrestations arbitraires, tortures et disparitions forcées » à l’encontre de membres présumés du groupe islamiste Boko Haram.

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