Franc CFA : faut-il le garder, en sortir ou le réformer ? Ce qu’en disent les patrons présents au Africa CEO Forum

Par - à Genève

À Dakar, le 13 septembre 2004. © BEN CURTIS/AP/SIPA

Alors qu’une réunion des ministres de la zone Franc CFA se tiendra à Abidjan en avril, et que les pays d’Afrique centrale ont échappé de peu à la dévaluation, plusieurs participants de l’Africa CEO Forum, dont la 5e édition se tient à Genève lundi 20 et mardi 21 mars, nous ont donné leur point de vue, mais aussi leurs solutions. Reportage.

Sortir du franc CFA ou le garder ? La question agitait jusqu’à Genève, lundi, les couloirs de l’hôtel Intercontinental où s’achève ce mardi soir la cinquième édition de l’Africa CEO Forum.

Un débat d’autant plus crucial que vendredi dernier, le président français François Hollande s’est dit, lors d’un entretien avec son homologue ivoirien Alassane Ouattara, « ouvert à toutes les propositions », laissant les dirigeants africains décider seuls de l’avenir de la monnaie.

Tout le monde attend donc avec impatience ce qui sortira de la réunion des ministres des pays de la zone Franc (divisée entre pays d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique centrale) le 14 avril prochain à Abidjan.

Celle-ci interviendra alors qu’une dévaluation en Afrique centrale a été évitée de justesse en décembre dernier. La chute des cours du pétrole a sérieusement attaqué la santé économique des six pays de la zone.

Lesquels ont vu les fonctionnaires du Fonds Monétaire International (FMI) frapper à leur porte, avec la crainte de revivre une mise en coupe réglée à l’image de celle intervenue dans les années 80 et qui s’était soldée à l’époque par des réductions drastiques dans les dépenses publiques en matière de santé et d’éducation.

Le franc CFA n’est pas quelque chose de si mauvais car il permet de compenser les flux désavantageux

« Les pays de la zone CEMAC n’ont que deux mois de budget devant eux, ils ont perdu leurs avoirs extérieurs, ils ne peuvent plus couvrir leurs exportations et leurs dettes », rappelle Serge Thiémélé, managing partner chez EY à Abidjan.

Pourtant, comme Abdou Diop, associé gérant du cabinet Mazars, qui se présente comme « un fervent défenseur » du CFA, les participants interrogés soutiennent tous le principe de monnaie unique et militent pour son maintien.

Les points favorables ? Pour Serge Thiémélé, « le franc CFA n’est pas quelque chose de si mauvais car il permet de compenser les flux désavantageux. Tous les pays ne croissent pas à la même vitesse, n’ont pas le même commerce extérieur, la même balance des paiements… Lorsque la Côte d’Ivoire a eu des problèmes monétaires, c’est la solidarité régionale qui a joué et qui a fait que le pays n’a pas connu de crise monétaire ».

Et de regretter que la solidarité entre pays joue moins en Afrique centrale, qui bénéficie d’un franc CFA qui n’est pas interchangeable avec son cousin d’Afrique de l’Ouest mais qui bénéficie toutefois de la même parité avec l’euro.

« À part la Centrafrique, les six pays partagent la même structure de commerce extérieur, ils vendent surtout du pétrole et des mines », poursuit-il.

« L’Afrique de l’Ouest s’en sort mieux car son économie est plus diversifiée, mais le risque c’est un découplement entre une Afrique centrale dévaluée et une Afrique de l’Ouest sauvée mais qui risque de connaître tôt ou tard le même sort », pointe Mamadou Touré, PDG de la banque d’affaires Ubuntu.

Ne faudrait-il plutôt pas que le CFA dans une économie mondialisée il dépende d’un panier de devises ?

Ce dernier évoque l’idée d’utiliser une partie des dépôts de CFA conservés à la Banque de France pour un fonds d’investissements dans les infrastructures.

Maintenir le franc CFA, contre toutes les controverses (nombreuses) liées à son héritage post-colonial, ne signifie pas « une remise en cause de ce qui constitue ses points forts mais une correction de ses points faibles », estime Serge Thiémélé.

Un point de vue que partage également Abdou Diop, pour qui « les règles et les critères généraux qui déterminent le franc CFA, sa parité, devraient être revues. Le contexte qui existait au moment de l’instauration n’est plus le même. Il y a lieu de revoir les mécanismes qui sont liés et son arrimage à l’euro. Ne faudrait-il pas plutôt que dans une économie mondialisée il dépende d’un panier de devises ? C’est la grande question. Je pencherais plutôt pour une indépendance dans la gouvernance, car c’est un élément de souveraineté et de politique économique. Il faudrait que des règles soient fixées entre les pays de cette zone pour conserver la monnaie unique, avoir la liberté d’action sur la monnaie, tout en restant dans le même espace économique. Ce n’est pas une question d’idéologie mais plutôt de pragmatisme économique ».

Autant de questions qui seront sûrement sur la table des ministres de la zone en avril prochain.