Cameroun : plus de 2 600 réfugiés nigérians rapatriés de force dans leur pays selon le HCR

Par Jeune Afrique avec AFP

Un jeune réfugié dans le camp de Minawao, dans le nord du Cameroun, en avril 2016. © Andrew Harnik/AP/SIPA

Installés dans le nord du Cameroun par crainte des attaques de Boko Haram, plus de 2 600 réfugiés nigérians ont été expulsés depuis le début de l’année, a dénoncé mardi le Haut Commissariat de l’ONU pour les réfugiés (HCR).

« Depuis le début de l’année, le Cameroun a renvoyé de force plus de 2 600 réfugiés dans des villages frontaliers au Nigeria », a déclaré un porte-parole du HCR, Babar Baloch, lors d’un point de presse.

85 000 réfugiés nigérians au Cameroun

D’après le personnel du HCR au Nigeria, les réfugiés ont expliqué que les troupes camerounaises les embarquaient « contre leur gré », « sans leur laisser le temps de rassembler leurs affaires », a-t-il ajouté, soulignant que ces renvois de force sont contraires au droit international.

Le HCR se dit « particulièrement préoccupé » par le fait que ces rapatriements, qui semblent être motivés par des questions de « sécurité », se poursuivent alors même que l’agence de l’ONU a signé le 2 mars avec le Cameroun et le Nigeria un accord pour le retour volontaire des réfugiés nigérians. Le Cameroun héberge environ 85 000 réfugiés nigérians, selon l’ONU.

Les autorités réfutent

Contacté par Jeune Afrique, le ministre camerounais de la Communication Issa Tchiroma Bakary a réfuté les affirmations du HCR, qui représentent « un préjudice énorme à l’honneur (sic) du Cameroun ». « Les mouvements de populations civiles s’expliquent par une incursion de l’armée nigériane, en accord avec les autorités camerounaises, afin de déloger les terroristes de Boko Haram dans la zone du lac Tchad », affirme-t-il.

« L’insécurité persiste dans des zones du nord-est du Nigeria, et l’accès aux services de base reste limité », a expliqué Babar Baloch, soulignant que la plupart des réfugiés qui sont revenus au Nigeria ne peuvent pas retourner dans leurs foyers et deviennent des déplacés internes.

Ces dernières années, le groupe Boko Haram a mené une série de raids meurtriers et d’attentats-suicides autour de la région du lac Tchad, qui regroupe le nord-est du Nigeria, l’extrême-nord du Cameroun, l’ouest du Tchad et le sud-est du Niger. Selon le HCR, plus de 2,7 millions de personnes ont été déplacés depuis le début de cette crise qualifiée par les Nations unies de « plus grande crise sur le continent africain ».