Cinéma marocain : le CCM tire la sonnette d’alarme et annonce la création d’un fonds dédié à la création panafricaine

Le directeur du Centre Cinématographique Marocain, Sarim Fassi-Fihri, à Rabat le 27 janvier 2015. © Hassan Ouazzani pour JA

Sarim Fassi-Fihri, le "Monsieur cinéma" du royaume, demande aux professionnels de se montrer plus actifs en matière de diffusion de films et au prochain gouvernement de ne pas oublier sa proposition de décret permettant la subvention de projets étrangers au Maroc.

Le directeur du Centre cinématographique marocain (CCM) Sarim Fassi-Fihri semble soucieux. L’institution qu’il dirige a rendu la semaine dernière son bilan pour l’année 2016. Et ce dernier n’est pas des plus rassurants, à plusieurs chapitres.

En 2016, 24 tournages pour des longs métrages étrangers ont eu lieu au Maroc. Quatre de plus qu’en 2015. Pourtant, le budget investi dans le pays par les productions a subi un net recul, passant de 143 729 452 dirhams à 138 619 328. Les entrées au cinéma, elles, sont en chute.

Fassi-Fihri attend avec empressement la formation d’un gouvernement pour que son projet de mesure incitative à l’adresse des producteurs étrangers voie enfin le jour. Quant à la distribution, il interpelle les professionnels.

Jeune Afrique : Comment expliquez-vous cette baisse des entrées en 2016 ?

Sarim Fassi-Fihri : Il y a une baisse tendancielle due avant tout au peu de salles toujours en activité au Maroc. En 2015, nous avons eu un petit sursaut, grâce à quatre blockbusters : deux films marocains et deux américains. Cette année, il n’y a qu’un seul film à avoir passé la barre des 100 000 spectateurs : Dallas, de Mohamed Ali Mejboud. Tous les autres sont en dessous de 50 000 entrées…

Les salles sont peu nombreuses et peu alimentées

Peut-être assiste-t-on à des changements dans les pratiques culturelles : on a l’impression que les festivals attirent plus de monde qu’à une époque. Mais ce que je remarque, c’est aussi une forme de confort dommageable. Regardez : 24 films marocains sont produits et seulement treize ou quatorze finissent en salles… Le film Résistance a été montré en festival en février 2016 à Tanger. Il n’est arrivé en salles qu’en janvier 2017… Les salles ne sont pas nombreuses mais aussi peu alimentées ! Comme un revers de la médaille de notre politique de subventions. Si on se compare à l’Iran, où il n’y a pas de politique de subventions et où la création très est forte, j’ai l’impression qu’au Maroc certains se concentrent avant tout sur l’obtention de subventions. Une fois celles-ci obtenues, il n’y a plus trop de travail de diffusion…

Nous attendons la formation du gouvernement

Concernant l’accueil de productions étrangères, comment résumez-vous l’année 2016 ?

2016 a été une bonne année en nombre, mais pas en investissements. La compétition est acharnée. Les pays comme Abu Dhabi, l’Afrique du Sud ou les Iles Canaries sont très attractifs aussi. De notre côté, nous avons finalisé un projet de décret en janvier 2016 pour instituer une incitation fiscale pour les productions étrangères. Un projet permettant la subvention de projets étrangers au Maroc. Et ces incitations font la différence : nos concurrents disposent d’arguments de ce genre. Sauf que le décret n’a toujours pas été adopté : nous attendons la formation du gouvernement… C’est un retard dommageable : nous avions commencé à informer les producteurs en marge de festivals à Berlin et à Cannes dès 2016 mais nous ne verrons les retombées du décret qu’à la fin de 2017. Voilà qui explique qu’en 2016 les investissements n’aient pas été si importants : un certain nombre de projets nous ont échappé…

Pour 2017, on parle d’un fonds africain…

Nous travaillons en effet sur un fonds panafricain de subventions. Nous recevons de nombreuses demandes de soutien de la part de pays avec lesquels nous ne disposons d’aucun accord de coproduction. À l’heure qu’il est, quelques films sortent en coproduction mais cela reste congru. Je veux accélérer la dynamique de rapprochement avec le continent en matière de production. Pour cela, il nous faut une structure dédiée. Il faut mettre en place un jury africain, une commission… Tout cela demande du travail et du budget. Mais le moment est venu : aujourd’hui, il y a suffisamment d’entreprises actives en Afrique pour aller demander de l’argent ainsi qu’une conscience du besoin d’une présence culturelle marocaine en Afrique. Ce fonds dédié à la subvention de la création panafricaine sera notre projet phare pour 2017.