Sauver l’année scolaire, un enjeu majeur en Afrique centrale

Par Jeune Afrique avec AFP

Un élève en train de dessiner. © iwanna/CC/Pixabay

Les petits Gabonais vont-ils perdre leur année scolaire à cause d'une grève illimitée dans l'éducation nationale ? Comme au Cameroun, en Centrafrique ou au Tchad, au Gabon le spectre d'une "année blanche" se dessine.

Le devenir de l’année scolaire est remis en question tout particulièrement au Gabon, le pays étant en proie à des crispations post-électorales depuis la réélection contestée d’Ali Bongo au mois d’août 2016. Le pays affiche l’un des taux de scolarisation les plus élevés d’Afrique subsaharienne, 96%, mais les élèves du secteur public vivent au rythme d’une grève des enseignants depuis la rentrée le 31 octobre.

« Nous avons 300 professeurs et 50% d’entre eux ont fait grève », a affirmé à l’AFP Jean-Baptiste Obori, proviseur du lycée national Léon-Mba de Libreville, l’un des plus grands du pays avec 8 000 élèves.

« On a passé presque tout le deuxième trimestre à la maison », témoigne de son côté une collégienne, Makcélia, 13 ans, devant cet établissement qui fait face à l’océan. « On ne sait pas si on va déclarer l’année blanche », ajoute la collégienne de treize ans, prête à aller en classe jusqu’au mois d’août prochain pour rattraper les heures de cours perdues.

Le proviseur comme la collégienne affirment que les cours ont repris normalement depuis le début du mois de mars.

Une confédération syndicale interdite d’activité

À l’origine de l’appel à la grève illimitée, la Conasysed, une confédération de sept syndicats. Elle demandait le paiement de primes, de meilleures conditions de travail pour éviter des classes surchargées, et la démission du ministre de l’Éducation Florentin Moussavou.

Vendredi 17 mars, cette confédération devait tenir sa convention nationale. Mais elle a été interdite d’activité par le ministre de l’Intérieur, pour « trouble à l’ordre public » et « entrave à la liberté de travail ».

« Nous savons que des leaders de cette coalition syndicale sont en intelligence directe avec certains acteurs de l’opposition, et qu’ils veulent prendre le système éducatif en otage pour le compte de l’opposition », a justifié le porte-parole du gouvernement, Alain-Claude Bilie By Nzé. Allusion au fait que des syndicalistes ont soutenu Jean Ping contre Ali Bongo.

Poursuite des négociations

Le ministre de l’Éducation a néanmoins poursuivi ce lundi 20 mars les négociations avec des syndicats.

« Il n’y a pas, à l’heure où nous parlons, une quelconque décision d’année blanche au Gabon », a assuré Florentin Moussavou à l’AFPTV après cette rencontre. « Il y a une dizaine d’établissements plus lourdement impactés que les autres. Mais rarement on a dépassé plus de deux semaines [de grève, ndr] ».

Il n’y a pas une quelconque décision d’année blanche au Gabon.

L’annulation d’une année scolaire se décrète pays par pays, et non selon des critères internationaux, alors que les syndicats au Gabon ou ailleurs invoquent l’arbitrage de l’Organisation des Nations unies pour la science la culture et l’éducation (Unesco).

« Ce n’est pas l’Unesco qui déclare une année blanche, ce sont les autorités nationales qui, au vu d’un certain nombre de critères, peuvent décider de recommencer l’année », confirmait en janvier au site camerounais Camerpost le directeur du bureau régional de l’Unesco à Yaoundé, Loïtéohin Félix Yé.

Dans le reste de l’Afrique centrale

Au Cameroun, au Tchad et en Centrafrique, le risque que l’année scolaire ne soit pas validée faute d’heures de cours suffisantes est tout aussi présent, alors que ces pays traversent une crise économique et font l’objet de tensions politiques.

Au Cameroun, le risque d’une année blanche se posait dans les deux régions anglophones, où les enseignants ont fait grève au nom des droits de cette minorité linguistique. Mais le gouvernement central a pris des mesures pour tenter de rattraper les heures de cours perdues.

Au Tchad, la rentrée scolaire a eu lieu le 16 janvier avec quatre mois de retard en raison d’une grève des fonctionnaires contre les mesures d’austérité. « Nous pouvons sauver l’année à condition qu’il n’y ait pas de grève jusqu’au mois de juillet. Les examens de fin d’année se feront au mois d’août », a  indiqué à l’AFP un responsable du ministère de l’Éducation nationale.

En Centrafrique, 461 écoles n’étaient pas opérationnelles en raison de l’insécurité, du manque d’enseignants, des déplacements de population ou de l’occupation par des groupes armés, avaient estimé les Nations unies en novembre.