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"Cet article est issu du dossier" «Énergie : quelle place pour le secteur privé ?»

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Électrification de l’Afrique : mini-réseaux et kits solaires, un potentiel inexploité

En 2017, plus de 620 millions d'Africains n’ont pas accès à l’électricité. © Antonin BORGEAUD pour les Éditions du Jaguar

Le think-tank dirigé par Kofi Annan a publié le 13 mars un nouveau rapport sur l’énergie en Afrique, principalement axé sur le potentiel des mini-réseaux électriques et des kits domestiques, alimentés à l’énergie solaire.

En 2015, l’Africa Progress Panel (APP) avait déjà publié une étude fouillée sur le potentiel énergétique du continent africain, principalement focalisée sur les ressources disponibles, gigantesques et peu utilisées. Dans un nouveau rapport, publié le 13 mars et intitulé « Lumière, puissance, action : électrifier l’Afrique », le think-tank basé à Genève et co-fondé par l’ancien secrétaire général des Nations Unies Kofi Annan se penche cette fois, avec beaucoup de pédagogie, sur le potentiel du « off-grid » en Afrique : les kits solaires (depuis les simples lampes jusqu’aux systèmes domestiques complets capables d’alimenter des équipements électroménagers) et les mini-réseaux électriques.

Des solutions « qui n’ont pas vocation à remplacer mais à compléter les grands réseaux nationaux » afin de combler le déficit énergétique. Ce dernier est immense. Plus de 620 millions d’Africains n’ont pas accès à l’électricité. Et les 30% de la population qui y ont accès ne bénéficient pas tous de la même qualité d’approvisionnement.

Mini-réseaux et lampes solaires devront donc faire partie de la solution pour répondre à ce défi, indiquent les auteurs du rapport. « En Afrique subsaharienne, le solaire hors-réseau et les mini-réseaux sont des technologies révolutionnaires qui offrent un potentiel indéniable pour améliorer l’accès de la population à l’électricité », plaide l’Africa Progress Panel, soulignant que ces systèmes, de plus en plus « fiables et abordables », répondent à la fois aux besoins des ménages et à ceux des entreprises.

La pertinence d’installer un réseau centralisé, des mini-réseaux et/ou des systèmes individuels, varie cependant en fonction des régions, note l’APP. Ainsi, les zones désertiques (Sahara, Kalahari, etc) sont les plus appropriées aux kits solaires tandis que les mini-réseaux trouveront le potentiel le plus important en Afrique centrale et dans les pays de l’Est.

 

Des kits de plus en plus accessibles

Concentrées au Kenya, en Éthiopie et en Tanzanie, les ventes de lampes solaires connaissent aujourd’hui une progression de plus de 10 millions d’unités par an. Également en développement, les kits domestiques verront leur prix d’achat divisé par quatre entre 2009 et 2020, grâce, notamment, à l’effondrement des pris des panneaux chinois. Pour les ménages africains, ces investissements restent significatifs mais représentent à terme des économies par rapport à l’achat de kérosène.

 

L’Africa Progress Panel estime cependant que des barrières freinent encore leur développement, notamment les niveaux de TVA et de taxes douanières et le recours difficile aux financements, dont les crédits à la consommation.

Des mini-réseaux encore rares

Les mini-réseaux, capables d’alimenter un village ou une petite-ville, représentent également une solution prometteuse pour fournir l’électricité aux habitants des zones situées entre les grandes villes et les régions rurales. Encore très rares en Afrique, les mini-réseaux existants sont en majorité alimentés au diesel, pour un coût désormais supérieur aux sources d’énergie renouvelables.

 

Pour desserrer les freins que connaît le développement de ces systèmes prometteurs, l’APP appelle notamment à une amélioration des cadres juridiques et à plus une plus grande implication du secteur privé.