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La Turquie menace d’annuler l’accord migratoire avec l’Union européenne

Par Jeune Afrique avec AFP

Le président Recep Tayyip Erdogan se livre à un discours depuis son palais d'Ankara, le 24 février 2016. © Kayhan Ozer/AP/SIPA

La Turquie, par la voie de son chef de la diplomatie, a menacé mercredi d'annuler unilatéralement le pacte migratoire de mars 2016 avec l'Union européenne (UE), sur fonds de tensions avec plusieurs pays européens.

« Nous pouvons mettre fin (à cet accord) unilatéralement. Nous n’avons pas encore informé nos interlocuteurs (européens), tout cela est entre nos mains », a déclaré mercredi 15 mars le ministre turc des Affaires étrangères Mevlut Cavusoglu dans un entretien à la chaîne turque 24 TV.

« À partir de maintenant, nous pouvons dire ‘nous ne l’appliquerons plus et ce sera terminé' », a-t-il renchéri, ajoutant : « Nous n’avons besoin de la permission de personne ».

La libéralisation des visas pour les citoyens turcs

Le ministre des Affaires étrangères reproche à l’UE de ne pas avoir donné son feu vert à la libéralisation des visas pour les courts séjours de citoyens turcs dans l’UE. Et ce contrairement à ce que prévoyait le pacte UE-Turquie, conclu en mars 2016 pour faire cesser l’arrivée quotidienne de milliers de migrants par bateau sur les îles grecques en mer Egée. Selon le responsable turc, c’est « une condition sine qua non » du respect de cet accord controversé, qui prévoit le renvoi systématique de tous les migrants vers la Turquie, y compris les demandeurs d’asile

Dans le cadre de l’accord et en coopération avec la Turquie, les autorités grecques placent immédiatement les migrants qui arrivent sur leurs côtes dans des centres où elles leur notifient leur renvoi vers la Turquie, ce qui a ainsi permis de réduire drastiquement les arrivées en Grèce. De fait, alors que près de 200 000 migrants ont gagné les îles grecques entre décembre 2015 et fin février 2016, ils n’étaient que 3 500 sur la même période un an plus tard. « En ce moment nous n’appliquons pas l’accord de réadmission, car il n’y a pas de libéralisation des visas », a affirmé le ministre turc.

Erdogan accuse l’Allemagne d’user de « pratiques nazies ».

Aux yeux de Bruxelles, la législation antiterroriste turque, jugée liberticide, n’est pas acceptable. Depuis la semaine dernière, les relations entre la Turquie et l’UE se sont fortement dégradées après le refus de l’Allemagne et des Pays-Bas de laisser des ministres turcs participer sur leur territoire à des meetings électoraux en faveur du « oui » au référendum du 16 avril sur l’élargissement des pouvoirs présidentiels de Recep Tayyip Erdogan.

Très remonté contre ces annulations, le président turc a multiplié les sorties violentes à l’égard de l’Europe allant jusqu’à accuser dimanche l’Allemagne d’user de « pratiques nazies ».

Des propos lourdement condamnés par le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker. « Je ne peux pas accepter que l’Allemagne actuelle soit comparée à l’Allemagne nazie. C’est une honte », a déclaré mardi l’ancien Premier ministre luxembourgeois dans un entretien avec la télévision luxembourgeoise RTL.

Mercredi, le président Recep Tayyip Erdogan a lancé une nouvelle attaque cette fois contre les Pays-Bas, leur imputant la responsabilité du massacre de Srebenica en juillet 1995, en Bosnie-Herzégovine. Alors que cette enclave était sous protection des Casques bleus néerlandais, 8 000 hommes et garçons musulmans avaient été tuées par les forces serbes en l’espace de quelques jours.

En réaction, le Premier ministre néerlandais Mark Rutte a dénoncé le jour-même une « falsification nauséabonde de l’Histoire ».

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