Fermer

Paroles de survivants d’Ebola : « Dieu m’a donné une immunité extraordinaire »

Par - à Conakry

Dans un centre de traitement d'Ebola, à Gueckedou, en Guinée, le 20 novembre 2014. © Jerome Delay/AP/SIPA

Mamadou Oury Diallo est chirurgien. Il est l’un des survivants guinéens de l’épidémie d'Ebola qui a frappé l'Afrique de l'Ouest entre fin 2014 et début 2016. Victime d’ostracisme après sa guérison, il a dû quitter le service hospitalier dans lequel il travaillait. Il est désormais secrétaire général du Réseau national des survivants d’Ebola en Guinée.

J’ai contracté la maladie le 5 mars 2015 à l’Hôpital national Ignace Deen, dans le centre administratif et des affaires de Kaloum, à Conakry, par le simple contact d’un patient non détecté au centre de tri. Contrairement à moi, lui n’a pas survécu.

J’ai eu de la chance d’être pris en charge très tôt, à la mission Tamarin de l’armée française qui avait de bons psychologues, disponibles, qui nous rassuraient pour qu’on ne perde pas espoir. Beaucoup de produits ont aussi été expérimentés sur nous, comme le Favipiravir. On a été des cobayes…

Je crois également que Dieu est venu à notre secours. Il m’a donné une immunité extraordinaire. Depuis ma guérison, je n’ai jamais ressenti de séquelles. J’ai été aussi très puissant psychologiquement, presque imperturbable face aux propos discriminatoires que j’entendais autour de moi.

Le vrai soutien que j’ai reçu, c’est celui de mes parents

Je n’ai pas été stigmatisé par la société – tout le monde ne savait pas que j’étais malade – et j’ai été bien accueilli dans ma famille qui a joué un rôle capital pour ma prise en charge. Ma mère et mes frères étaient à mes côtés nuit et jour. Ils m’appelaient au téléphone sans cesse, ils s’inquiétaient, m’apportaient à manger malgré le fait qu’il y avait de la nourriture à l’hôpital.

Je suis marié et père d’une fille de trois ans. Mais ma femme ne m’a pas beaucoup soutenu. À chaque fois, avec elle, c’était de petits problèmes relationnels qu’on ne peut pas vraiment expliquer. Le vrai soutien que j’ai reçu, c’est celui de mes parents : ma mère, mes sœurs et frères qui jouaient avec moi, me réconfortaient. Les gens me voyaient d’un mauvais œil, mais l’essentiel c’est que je suis encore en vie.

Je subissais une stigmatisation qui ne disait pas son nom, au point que j’ai dû quitter mon service

C’est au travail que j’ai vécu le pire. Des collègues m’interdisaient de passer à côté d’eux. Certains ne voulaient pas que je les approche, que je les touche. Ils m’ostracisaient. Quand tu as affaire au personnel médical, tu es foutu. C’était difficile. Je subissais une discrimination qui ne disait pas son nom, au point que j’ai dû quitter mon service d’origine en chirurgie générale.

La seule personne qui ne m’a pas stigmatisé fut mon chef de service qui est toujours resté à mes côtés. Mais je n’en veux pas à mes collègues. Moi-même, c’est après avoir reçu une formation en soutien psychosocial que j’ai compris la raison de leur comportement. Et c’est cette formation qui leur manquait.

Je suis un petit roi dans mon quartier

La stigmatisation que j’ai vécue à l’hôpital m’a poussé à travailler à mon propre compte, à évoluer dans le privé et à prendre part à la vie associative. Je suis maintenant secrétaire général du Réseau national des survivants d’Ebola en Guinée. J’ai, grâce à Dieu, repris ma profession de médecin dans deux cliniques, en partenariat avec l’ONG médicale Hamayad, que je préside, et dont le siège est à Labé, à 430 km au nord de Conakry.

J’ai aussi été employé à l’Agence nationale de la sécurité sanitaire [ANSS, créée sur les cendres de la Coordination nationale de lutte contre Ebola, NDLR]. Notre contrat est fini. Maintenant que je travaille à mon compte, je ne suis plus stigmatisé, je suis mes affaires et personne ne parle plus de moi. Dans mon quartier, je suis un petit roi en raison de mes prestations, de mes rapports avec mes patients, de mon comportement dans la société. Toutes les difficultés que j’ai rencontrées étaient en fait liées à mon service d’origine.