Fermer

Tunisie : un fonds documentaire de la révolution confié aux Archives nationales

Par - à Tunis

Une affiche des martyrs de la révolution de 2011 exposée en Tunisie. © Amine Landoulsi/AP/SIPA

Un fonds regroupant plus d'un millier de photos et de vidéos de la révolution tunisienne de 2011 a été confié il y a quelques jours aux Archives nationales à Tunis. Cette initiative de chercheurs et d'associations locales garantit la préservation de tels documents historiques, qui tendaient à disparaître.

Le soulèvement tunisien de 2011, prémisse de ce qui est désigné comme le « printemps arabe », a été qualifié de révolution 2.0 en raison du rôle joué par les réseaux sociaux dans le routage des informations et des images.

On aurait pu croire que cette période, qui a changé la Tunisie, était abondamment documentée et qu’Internet en était le fidèle gardien. Pas du tout.

Fasciné par cette révolution que tous pouvaient vivre en direct, Jean-Marc Salmon, chercheur en sciences sociales et ancien directeur du Bureau du livre français à New-York, s’est penché sur les journées qui ont été la matrice de la révolution tunisienne, depuis l’immolation de Mohamed Bouazizi le 17 décembre à Sidi Bouzid jusqu’à la chute de Ben Ali, le 14 janvier à Tunis.

Il a constaté au fil de ses recherches que si les témoignages étaient encore bien vivaces, certains documents, vidéos et images avaient été rayés de la toile.

Des vidéos cruciales

Alors qu’il tente de retracer les événements de la révolutions, de l’immolation de Mohamed Bouazizi à la chute de Ben Ali, pour la préparation de son ouvrage intitulé Vingt-neuf jours de révolution, histoire du soulèvement tunisien, 17 décembre 2010-14 janvier 2011 (éditions Les Petits Matins, Paris, 2016), il s’inquiète de la disparition de ces documents.

Partant de la difficulté « d’aborder la dynamique de la révolution sans ces vidéos », Salmon suggère de préserver ce pan de mémoire de la révolution. L’opération aurait pu être difficile à réaliser dans un pays préoccupé à construire sa transition démocratique, mais c’était sans compter les miracles que peuvent susciter certaines rencontres.

Celles de Faouzi Mahfoudh, historien et directeur de l’Institut supérieur de l’Histoire de la Tunisie contemporaine (ISHTC) et de Hédi Jellab, directeur des Archives nationales, notamment.

Un millier de photos

Très rapidement, les deux hommes et Jean-Marc Salmon s’accordent sur un cadre de travail : l’ISHTC et l’Institut supérieur de la documentation (ISD) assurent l’encadrement scientifique du sauvetage, financé par le Réseau Euro-Méditerranée des droits de l’homme (REMDH), tandis qu’un collectif d’associations apporte un soutien dans l’identification des supports.

Des étudiants partent sur le terrain à la chasse aux documents, convainquent les auteurs et les familles de leur donner les images. Ils collectent ainsi près d’un millier de photos, 800 vidéos, et autant d’émotions.

Un an plus tard, le 11 mars 2017, ce fonds exceptionnel est mis sous la garde des Archives nationales tunisiennes, qui doivent veiller à sa préservation et le mettre à la disposition des chercheurs. La quête n’est pas pour autant finie ; le fonds continuera à s’enrichir.

Déjà 150 000 inscrits


Chaque jour, recevez par mail les actus Jeune Afrique à ne pas manquer


Curieux ? Voici un aperçu des newsletters ici