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Côte d’Ivoire : à Yopougon, les habitants ne décolèrent pas face aux pénuries d’eau

Dans le quartier de Micao à Yopougon, Abidjan, des habitants attendent la livraison du camion citerne d'eau potable, le 13 mars 2017. © Jeune Afrique

Les habitants du quartier de Micao se plaignent des pénuries d'eau. Comme dans d'autres secteurs de Yopougon, à Abidjan, les femmes sont descendues début mars dans les rues pour faire entendre leur colère, avant que le service ne soit progressivement rétabli.

Cela fait à peine quelques heures, ce mardi 14 mars, que l’eau coule de nouveau des robinets, dans le quartier de la maternité de Micao, niché dans la zone industrielle de Yopougon. Pendant des semaines, les habitants racontent avoir veillé, espérant entendre les tuyauteries s’activer et cracher l’eau qui manquaient aux cuisines, douches et toilettes des centaines d’habitations que compte le quartier.

Alors pour faire entendre leur colère, les femmes de Micao sont descendues dans les rues le 6 mars dernier, bloquant les routes pour réclamer que l’eau coule de nouveau. « Des responsables de la Sodeci (la société de distribution d’eau de Côte d’Ivoire, NDLR) nous ont reçus, ils nous ont dit que l’eau était coupée à cause de travaux sur la ligne de raccordement, ils nous ont assuré que la situation serait rétablie d’ici le 20 mars et que des citernes d’eau potable seraient livrées », raconte Médarde Ycossié Guiza, présidente de l’ONG « Femmes dynamiques », implantée à Yopougon.

Si des camions d’eau sont bien venus livrer de l’eau potable dans les jours qui ont suivi la manifestation, le ballet des citernes s’est peu à peu ralenti. « Ils passent seulement deux fois par semaine. Le dernier est venu vendredi soir. Sachant qu’il permet de remplir à peine 45 barriques de 200 litres et que nous sommes très nombreux à attendre, ça ne suffit pas du tout », déplorait lundi 13 mars Médarde Ycossié Guiza, quelques heures avant que le service ne soit rétabli.

Pénuries fréquentes

Comme la plupart de ses voisins, Médarde Ycossié Guiza n’a eu d’autre choix que de faire appel à des motos-taxis pour lui acheminer des barriques de 25 litres en provenance d’autres quartiers, où l’eau coule normalement. Un service très coûteux : pour une famille de cinq personnes, elle payait chaque semaine près de 4 000 francs CFA. Dans certaines maisons aux fratries plus étendues, la facture s’allongeait rapidement à 20 000 francs par mois (environ 30 euros), soit un tiers du salaire minimum ivoirien.

Beaucoup trop onéreux pour certaines des habitantes, contraintes de faire leurs lessives dans les eaux rejetées par les nombreuses industries avoisinantes et de porter sur des centaines de mètres des dizaines de litres d’eau potable. « Je me suis blessée en marchant avec un bidon de 25 litres sur la tête. Depuis, je ne peux plus marcher. C’était il y a déjà deux ans », explique Louise Koudou, 55 ans. Car dans ce quartier déshérité, les pénuries d’eau ne sont pas une nouveauté. Selon les habitants établis de longue date, la fréquence des coupures s’est accélérée aux alentours de 2010 avec l’urbanisation galopante du quartier.

Un argument d’ailleurs utilisé par la Sodeci pour expliquer les récentes pénuries. « Micao est un quartier qui s’est fortement développé avec des canalisations en petits diamètres et qui connaît des perturbations en raison des actions de manipulation frauduleuse sur le réseau d’eau potable », fait savoir la Sodeci, qui justifie également la coupure du réseau par des « travaux de renforcement » effectués en urgence.

« Nous sommes oubliés »

Des justifications qui n’apaisent pas la rancœur des habitants face aux conséquences sanitaires des pénuries. « Parfois, l’eau que nous ramènent les motos-taxis n’est pas potable, mais nous n’avons pas d’autres choix. Des enfants tombent malades, et les femmes se blessent en portant des litres d’eau sur leurs têtes », fulminait lundi Mawa Bemba, commerçante du quartier.

À 52 ans, cette habitante de longue date de Micao ne décolère pas, et dénonce les conditions de vie difficiles subies par les résidents du quartier. « Ce n’est pas vivable ! Nous ne sommes pas entendues par les autorités », fustigeait la commerçante, quelques instants après avoir parlé au téléphone avec un employé de la Sodeci. Avant d’ajouter, à l’adresse des politiciens ivoiriens : « Avant chaque élection, on vient nous voir pour nous promettre de l’eau, mais après le vote rien n’est fait. Nous sommes oubliés. »

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