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Grogne des fonctionnaires en Côte d’Ivoire : « Nous faisons confiance au gouvernement pour qu’il apaise la situation »

Début février, un appel à la grève dans les universités ivoiriennes avait été lancé par la fédération estudiantine et scolaire de Côte d’Ivoire. Ici, l'université Felix Houphouet Boigny d'Abidjan, à Cocody. © Olivier / Jeune Afrique

Les discussions entre le gouvernement et les syndicats de la fonction publique ivoirienne se poursuivent cette semaine pour obtenir un accord de trêve sociale. Mais l’absence d'entente sur le paiement des arriérés de salaires, principale revendication des fonctionnaires, échaude une partie de la base syndicale.

Plus d’un mois après la fin de la grève des fonctionnaires pour obtenir le paiement de leurs arriérés de salaires, la grogne se fait toujours sentir au sein de la fonction publique.

« Certains camarades ne comprennent pas toujours notre stratégie, celle de la négociation, et auraient souhaité que nous soyons dans la confrontation directe », convient Théodore Gnagna Zadi, président de la plateforme nationale des syndicats des organisations professionnelles du secteur public ayant mené le mouvement social de janvier.

Favorable à la poursuite des discussions avec Pascal Abinan, ministre de la Fonction publique, Théodore Gnagna Zadi appelle sa base au calme et explique sa stratégie. Interview.

Jeune Afrique : La plateforme que vous dirigez menaçait de reprendre la grève vendredi dernier. Lundi 13 mars les discussions avec le ministre de la Fonction publique se sont finalement poursuivies. Où en sont les négociations ?

Théodore Gnagna Zadi : Vendredi, il n’était pas question de reconduire la grève mais d’aller à une assemblée générale pour faire le point sur les perspectives annoncées par le gouvernement.

Malheureusement, le gouvernement a certainement pensé que cette assemblée générale allait reconduire le mouvement social, donc on nous a refusé la salle de l’université de Cocody. En lieu et place, nous avons organisé des assemblées générales sur l’ensemble du territoire et nos camarades continuent de nous faire parvenir leurs positions.

Nous souhaitons que l’ensemble de nos problèmes soient réglés.

Depuis lundi, nous avons démarré les discussions dans le cadre mis en place par le gouvernement, qui souhaite une trêve dans l’ensemble du secteur public. Nous, nous souhaitons que l’ensemble de nos problèmes soient réglés. Nous allons rentrer dans le vif du sujet très rapidement.

Que recouvrent exactement les arriérés de salaires dont les fonctionnaires réclament le paiement ?

Il s’agit de 249,6 milliards de francs CFA (près de 380 millions d’euros, NDLR), selon les évaluations faites par le gouvernement. Cela concerne 120 000 à 160 000 fonctionnaires, dont une majorité d’enseignants, du pré-scolaire au supérieur.

En 2009, le gouvernement d’alors avait opéré des revalorisations salariales dans plusieurs secteurs et en avait payé la moitié aux travailleurs, en leur promettant que dès que la Côte d’Ivoire aurait les ressources suffisantes, le reste de la somme et le rappel de l’argent serait payé.

Malheureusement, il y a eu la crise de 2010. C’est seulement en 2013 que le gouvernement actuel et le président Ouattara ont épongé certains arriérés. Nous demandons maintenant le paiement de la somme restante, c’est à dire 249,6 milliards de francs CFA.

Il ne s’agit pas d’asphyxier l’État et de lui demander de payer tout de suite les 249 milliards.

C’est une somme très importante…

C’est pour cela que nous sommes prêts à négocier pour que l’État de Côte d’Ivoire puisse payer. Il ne s’agit pas d’asphyxier l’État et de lui demander de payer tout de suite les 249 milliards. Non, il s’agit pour l’État de s’engager sur un échéancier de paiement qui tienne compte de ses capacités budgétaires dans le cadre d’un accord. Ce que nous ne voulons pas, c’est que l’État refuse de payer.

Êtes-vous confiant pour qu’un tel accord aboutisse ?

En janvier (lors de la grève dans la fonction publique, NDLR), nous avions cinq revendications. Quatre ont été résolues : c’est l’expression de la bonne volonté du gouvernement. Sur la question restante, celle des arriérés, nous pensons que la mise en place d’un cadre de discussion pour parler de la trêve est un bon signal. Nous avons bon espoir d’aboutir et nous faisons confiance au gouvernement pour qu’il apaise la situation.

Les négociations sont censées durer un mois, jusqu’au 14 avril, date à laquelle les résultats doivent être transmis au gouvernement et à qui de droit pour une prise de décision. C’est un délai supplémentaire accordé de façon tacite au gouvernement.

Une frange de votre base syndicale ne croit plus à ces discussions et appelle à durcir le mouvement, quitte à se retirer de la plateforme que vous présidez. Êtes-vous débordé par votre base ?

On peut le penser, vu de l’extérieur. C’est vrai que certains camarades ne comprennent pas toujours notre stratégie, celle de la négociation, et auraient souhaité que nous soyons dans la confrontation directe. Mais nous avons estimé que nous avions déjà montré notre force. Cette force, nous pouvons l’exploiter autrement, en expérimentant la négociation que nous propose le gouvernement.

Certains camarades ne comprennent pas toujours notre stratégie, celle de la négociation.

Cela n’est pas toujours bien compris, et c’est pour cela que nous menons un travail sur le terrain : pour que la tension baisse et que les choses rentrent dans l’ordre.

Vous lancez donc un appel au calme ?

Oui. Nous demandons aux camarades qu’ils nous laissent le temps d’observer la bonne ou la mauvaise foi du gouvernement dans cette négociation.